Thursday, 22 November 2018

Les gilets jaunes justifiés par les mensonges du gouvernement?

L'un des commentateurs de mon article précédent, que je remercie pour sa contribution, me fait remarquer qu'à ses yeux, le principal argument qui justifie l'action des gilets jaunes est le fait que le gouvernement aurait menti en prétendant que la nouvelle taxe sur les carburants allait servir à financer la transition énergétique, alors qu'en réalité à peine 1/4 de son montant serait utilisé à cette fin.

Je ne dispose pas de tous les éléments d'information pour savoir quelle utilisation le gouvernement va faire du produit de la taxe carbone, pour une raison simple: en dehors de certaines "taxes affectées" (c'est à dire créées pour financer certaines dépenses spécifiques), la grande majorité des impôts perçus par l'Etat (dont la taxe carbone) sont versés au Budget général, c'est à dire dans un immense "pot commun" permettant à l'Etat de financer l'ensemble de ses dépenses, dont celles concernant la transition énergétique. Il n'y a donc aucune transparence, et seuls quelques spécialistes des questions budgétaires sont capables de dire avec certitude quel est le montant des dépenses de l'Etat (provenant de différents ministères) affectées directement ou indirectement à la transition énergétique.

Il est certain que cette situation arrange bien nos gouvernants, et dans la situation de quasi faillite que connait l'Etat de façon chronique, il n'est effectivement pas difficile d'imaginer que leur préoccupation principale en établissant la taxe carbone est de se procurer des ressources additionnelles pour éviter un dérapage du déficit budgétaire. Et bien entendu, ce manque de transparence dans l'utilisation des deniers publics ne fait qu'alimenter la méfiance et la fracture de plus en plus profonde entre gouvernants et gouvernés.

Ceci dit, l'argument de mon interlocuteur ne contredit pas les miens, bien au contraire: il ne fait que renforcer ma conviction que c'est le niveau excessif de la dépense publique (globalement, je paie trop d'impôts) et la mauvaise gestion de l'Etat (je ne vois pas à quoi servent mes impôts, je n'en ai pas pour mon argent)  qui amènent l'Etat a faire flèche de tout bois en se procurant des ressources par tous les moyens et provoquent la situation de ras le bol fiscal que nous connaissons.

Donc, oui c'est probablement vrai, l'Etat nous ment en prétendant que la taxe carbone sert à financer la transition énergétique. Mais c'est parce que l'Etat est un mauvais gestionnaire, incapable de contrôler la dépense publique, de définir ses missions essentielles et d'éliminer celles qui ne le sont pas, qu'il en est réduit à de tels expédients pour survivre.

Si l'Etat était capable de justifier de l'utilisation efficiente de chaque centime qu'il dépense, s'il cessait d'être ce monstre bureaucratique qu'il est devenu, se mêlant de tout sans rendre compte de rien, nous n'aurions pas, comme citoyens, une telle méfiance chaque fois qu'il nous demande une contribution nouvelle.




Wednesday, 21 November 2018

RAS LE BOL FISCAL ET DÉPENSE PUBLIQUE

Le mouvement des gilets jaunes, né au départ comme protestation contre la hausse de la fiscalité des carburants, est en train de se transformer en une espèce de "jacquerie" assez informelle contre le niveau jugé excessif de la fiscalité et des prélèvements obligatoires, au nom de la défense du pouvoir d'achat. Des rapprochements sont ainsi faits avec le mouvement poujadiste des années 50, qui avait ébranlé les institutions de la 4ème République et participé à sa chute en 1958.

On peut bien sûr discuter sur la réalité de cette perception d'une baisse du pouvoir d'achat, alors que les statistiques de l'INSEE semblent indiquer le contraire; on peut également considérer que l'amélioration du pouvoir d'achat est beaucoup plus à rechercher grâce à une croissance robuste  permettant à l'économie de se rapprocher du plein emploi, et aux entreprises d'augmenter les salaires. Il n'en reste pas moins que nous voyons apparaître un phénomène intéressant: alors que traditionnellement les français croient que plus l'Etat dépense, mieux c'est pour l'économie et le pouvoir d'achat (quitte pour cela à s'endetter ou à augmenter les impôts), il semble qu'enfin ils prennent conscience de ce que cette augmentation permanente des dépenses et des prélèvements fiscaux a atteint ses limites.

Bien sûr, beaucoup continuent à penser, comme le disait ironiquement Macron il y a quelques jours,  et comme le réclament les Insoumis, que l'on peut à la fois réclamer davantage de fonctionnaires, davantage de prestations sociales, et en même temps payer moins d'impôts. Mais il me semble malgré tout qu'un certain bon sens populaire permet à un nombre croissant de personnes de comprendre qu'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

Il devrait être évident pour tout le monde que, si le niveau des prélèvements obligatoires est trop élevé et devient insupportable, la raison en est le montant trop élevé de la dépense publique. Or tous les gouvernements qui se sont succédé en France depuis au moins 30 ans ont fini par laisser filer cette dépense dans une croissance ininterrompue: pour certains, il s'agissait d'une croissance assumée pour des motifs idéologiques; pour d'autres au contraire, elle survenait en dépit d'un discours annonçant le contraire.

Le gouvernement Macron s'inscrit dans cette dernière lignée, puisque dans son programme, que jusqu'à présent il a scrupuleusement respecté, il a promis une diminution de plusieurs points de PIB de la dépense publique. Mais jusqu'à présent, il faut bien reconnaître que les résultats obtenus sont faibles et peu satisfaisants. Lorsqu'on nous annonce une diminution des dépenses publiques, il s'agit en réalité au mieux d'une diminution de leur rythme d'augmentation!

Or le gouvernement ne dispose en l'état d'aucune marge de manœuvre: rien ne pourra être fait pour réduire le niveau des prélèvements obligatoires, dont tout montre qu'il est devenu insupportable aux français, tant que nous ne parviendrons pas à une diminution réelle et substantielle des dépenses publiques.

Ce devrait être là le chantier prioritaire du gouvernement actuel; en réalité, cela aurait dû l'être dés sa prise de possession, il y maintenant un an et demi. Mais les efforts entrepris jusqu'à présent ne sont pas à la mesure du problème.

J'entendais l'autre soir sur C dans l'air que de toutes façons il est trop tard: une fois l'état de grâce passé, un gouvernement avec 25% de popularité et une conjoncture économique de plus en plus incertaine, ne pourrait plus entreprendre de grandes réformes, et devrait se contenter de gérer les affaires courantes.

Je pense au contraire que le moment est propice pour entreprendre enfin cette grande réforme de l'Etat sans laquelle aucun redressement économique de la France ne sera possible: mais à cela il y une condition: que le gouvernement soit capable de faire de cette réforme un grand dessein national, à la réaliser non pas CONTRE les français, mais en les convainquant que la situation actuelle est devenue insoutenable.

On ne peut pas admettre qu'un pays soit à la fois: l'un de ceux qui ont les prélèvements obligatoires les plus élevés, mais en même temps l'un des plus endettés (ce qui signifie que ces prélèvements sont insuffisants), et enfin, un pays dans lequel la qualité des services publics ne fait que se dégrader.

Tout cela révèle une inefficience prodigieuse, qui démontre que c'est toute la gestion et l'organisation de l'appareil de l'Etat, de ses services publics et de son système de protection sociale qui doivent être remises en cause. A la limite, le principal problème n'est pas que l'Etat dépense trop, mais que les français n'en ont pas pour leur argent, et qu'ils ne reçoivent pas de l'Etat ce qu'ils seraient en droit d'en attendre compte tenu de tout ce qu'ils lui donnent.

Cette réforme ne se fera pas en donnant à l'aveuglette des coups de rabot dans la dépense publique, ce qui ne peut avoir pour résultat que la dégradation de ce qui existe, mais d'abord en procédant à un véritable réexamen de ce que sont les missions de l'Etat, de quelles sont ses priorités, et quelles sont les activités qu'il pourrait abandonner, sous traiter ou laisser au secteur privé; puis en réalisant une réforme complète du mode de fonctionnement des services et missions qu'il décidera de conserver.

Et surtout, une telle réforme ne pourra pas se faire, comme cela a été trop souvent le cas par le passé, de façon honteuse et cachée, comme si on avait peur de mécontenter les différentes clientèles dépendant des deniers de l'Etat; mais au contraire en y associant tous les français, à commencer par les travailleurs du secteur public, et en les convainquant que c'est toute la collectivité nationale qui en bénéficiera




Friday, 16 November 2018

LES TRAVAUX CONTINUENT!

J'ai parlé la semaine dernière du véritable massacre de la place Jules Joffrin auquel se sont livrées les autorités municipales, sans aucun bénéfice tangible pour les riverains.

Mais l'action anti-voiture de notre maire ne s'arrête pas là; toute personne qui circule actuellement dans Paris peut constater la multiplication des rues, grandes et petites, fermées et défoncées pendant que s'y réalisent des travaux dont on a du mal à comprendre l'utilité.

Si j'en juge par ce qui se passe dans le quartier Jules Joffrin (par exemple, rue Versigny, rue Joseph Dijon, rue Hermel et Ramey), le but de ces travaux est d'élargir les trottoirs, réduire la largeur de la chaussée et surtout diminuer drastiquement les espaces sur lesquels le stationnement des voitures est possible.

Il est certain que ces travaux sont parfaitement cohérents avec la politique générale de la mairie consistant à décourager les parisiens d'utiliser leur voiture pour recourir à des moyens de transport moins polluants. On peut cependant se demander si la méthode employée est la plus économique et surtout la plus efficace.

Tous ces travaux ont un coût; je n'ose imaginer à combien va se chiffrer l'addition globale, puisque les quelque exemples que je viens de citer ne représentent qu'une part infime de ce qui est en cours de réalisation dans tous les quartiers de Paris.

On peut se demander si tout cet argent n'aurait pas été mieux investi s'il avait été consacré à l'amélioration des transports en commun; j'ai signalé dans un article antérieur combien le métro parisien est déficient, comparé à celui d'autres grandes villes européennes (et même de pays du tiers monde: voir le métro de Delhi), notamment en ce qui concerne l'accès aux personnes handicapées ou à mobilité réduite: faible nombre d'escaliers mécaniques, souvent en panne, absence quasi totale d'ascenseurs... Sans même parler des handicapés, si vous êtes une personne âgée (de plus en plus nombreuses à Paris) ou simplement un touriste qui vient de débarquer dans une gare parisienne avec une valise de 20 kilos, ce n'est pas évident d'utiliser le métro.

Par ailleurs, la lenteur avec laquelle sont effectués les travaux de rénovation du métro est proprement désespérante: depuis plusieurs années, les usagers de la ligne 4 voient régulièrement certaines stations fermées pendant plusieurs mois pour travaux; on pourrait imaginer qu'après trois mois de fermeture, il nous sera offert une station flambant neuve. Il n'en est rien, les stations théoriquement "rénovées" sont restituées aux usagers dans un état pire qu'avant les travaux, ce qui semble indiquer qu'une deuxième étape sera nécessaire pour achever ceux-ci; à ce rythme, cette seule ligne risque peu d'être achevée avant une vingtaine d'années.

Il y ainsi un contraste frappant entre la pauvreté des moyens consacrés à l'amélioration des transports en commun et la célérité avec laquelle les rues de Paris sont défoncées. On assiste une fois de plus, dans la politique de mobilité menée par notre maire, au triomphe de "l'écologie punitive" aux dépens de l'écologie positive: on commence par punir ceux qui ont encore le mauvais goût d'utiliser leur voiture, au lieu de leur donner des raisons de préférer d'autres moyens de transport. 

L'efficacité d'une telle politique est plus que douteuse: Madame le Maire, vous pouvez rendre la vie impossible aux automobilistes (et à tous les parisiens qui subissent les nuisances des travaux, puis des embouteillages croissants résultant de ceux-ci), mais vous ne les convaincrez pas d'abandonner leur voiture si vous ne leur offrez pas des alternatives attractives.




Thursday, 8 November 2018

UN PARISIEN INDIGNÉ: HIDALGO CONTINUE SES MÉFAITS!

Comme tout parisien, j'ai pu constater la multiplication ces derniers mois de chantiers dans tous les quartiers, de rues défoncées, certaines fermées pour de longues périodes, sans que la justification de ces travaux paraisse très évidente.

C'est le cas pour un coin de Paris que j'aime particulièrement, puisque j'y vis: il s'agit de la Place Jules Joffrin, qui s'étend entre la Mairie du 18ème et l'église Notre Dame de Clignancourt: un endroit qui est (qui était?) particulièrement charmant, avant que notre maire décide d'y mettre la main et d'y exercer son idéologie aveuglement anti-voiture.

Cette place n'avait aux yeux de nos planificateurs urbains qu'un seul défaut: on y avait aménagé en bordure du trottoir, un renfoncement qui rognait une largeur d'environ 2 mètres, ce qui permettait aux autobus (lignes 31 et 60) de s'y garer pour décharger et prendre des voyageurs sans perturber la circulation intense de la rue Ordener.

Cela constituait une insulte insupportable aux yeux de notre maire, qui considère que tout doit être fait pour perturber le trafic: face à ce défi, la solution (idéologique) s'imposait: déplacer l'arrêt quelques mètres plus loin, là où la rue Ordener est bien étroite et où les autobus ne peuvent s'arrêter qu'en bloquant totalement la circulation: désormais, le croisement des rue Ordener et du Mont-Cenis est un enfer!

Cela permettait du même coup de restituer aux piétons, qui n'en demandaient pas tant, les 2 mètres de trottoirs qu'utilisaient les autobus pour s'arrêter; cela a entraîné des travaux qui ont duré plus de deux mois, consistant à défoncer totalement la place Jules Joffrin; les palissades autour de ces travaux portant des affiches nous annonçant un "embellissement" de la place, j'imaginais une transformation complète, peut-être des arbres ou des massifs de fleurs, pourquoi pas un kiosque à musique; mais non, tout ce que nous voyons actuellement, c'est une étendue sans grâce d'asphalte noir.

Je veux bien reconnaître que la politique visant à limiter la circulation automobile dans Paris intra muros a une certaine logique et une certaine cohérence. Mais de là à créer DÉLIBÉRÉMENT des embouteillages, cause d'énervement et de pollution (bruit, gaz d'échappement), on peut penser qu'il y a de la part de Mme Hidalgo un certain acharnement qui passe toute mesure.

Et bien entendu, tous ces travaux parfaitement inutiles qui défigurent actuellement Paris pour satisfaire le sectarisme de l'administration municipale coûtent fort cher et sont financés par nos impôts; comme l'a été la mise au rebut d'un système de Vélib dont les parisiens étaient généralement satisfaits pour le remplacer par un nouveau système qui est un désastre; comme l'a été la suppression du système d'Autolib, décidée d'un trait de plume et sans concertation: autant de décisions qui nuisent à la qualité de vie des parisiens, et qui exposent la municipalité à de longues batailles légales contre les prestataires de ces services, et à d'éventuelles condamnations à de lourdes indemnisations.

Madame Hidalgo: arrêtez de décider seule ce qui est bon pour les parisiens, arrêtez de défigurer notre ville et de la rendre invivable!

Wednesday, 4 October 2017

CATALOGNE: APRES LE REFERENDUM

Je découvre, dans la presse et dans les commentaires de certains hommes politiques européens, une grande hypocrisie ou une immense ignorance du sujet, depuis qu'apparaissent les images des violences survenues lors du référendum du 1er octobre dernier. D'une façon générale les commentaires se concentrent sur les "violences policières" pour les condamner, au nom du respect de la liberté d'expression, et pour renvoyer dos à dos les indépendantistes et le gouvernement central.
Pourtant, ces violences étaient attendues et inévitables, et en réalité on peut s'estimer heureux que ce ne soit pas allé plus loin. Il faut en effet rappeler que les policiers espagnols, loin de réprimer aveuglément et de façon autoritaire des manifestations légales, n'ont fait qu'obéir comme ils en avaient le devoir aux ordres de juges espagnols qui leur avaient ordonné d'empêcher la réalisation d'un référendum totalement illégal, en fermant les bureaux de vote et en saisissant les urnes. Ils ne se sont pas heurté à des citoyens exerçant librement leur liberté d'expression, mais à des personnes en train de réaliser un acte ouvertement illégal, et qui se sont opposées aux forces de police en faisant obstruction à leur action. Il ne s'agit donc pas de charges aveugles cherchant à "casser du manifestant", mais d'actions visant strictement à la réalisation de la mission qui leur avait été fixée par le pouvoir judiciaire. On n'est donc absolument pas face à des violences policières gratuites, à une répression rappelant, comme ne craignent pas de le dire certains sans crainte du ridicule, "les heures noires de la dictature", mais au simple exercice de la "violence légitime" de l'Etat, agissant dans le cadre de sa mission de faire respecter la loi et l'état de droit.
On pourra toujours ergoter pour savoir si la police aurait pu remplir sa mission de façon moins violente; si des excès ont été commis, ils doivent bien sûr être punis. Mais il faut en outre rappeler que le travail de la police espagnole n'a pas été facilité par la trahison des forces catalanes, les "Mossos d'Esquadra", qui après avoir assuré la veille qu'ils participeraient à la fermeture des bureaux de vote aux côtés des forces espagnoles, ont finalement refusé au dernier moment de s'y associer, et se sont même affrontés, dans certains cas, à la police espagnole. De ce fait, celle-ci s'est souvent retrouvée dans des situations délicates, cernée par une foule hostile, ce qui les a obligés à faire usage de la violence pour se dégager. 
Finalement, il faut bien reconnaître que les indépendantistes ont gagné la guerre des images et de la communication. Il est certain que les photos de policiers lourdement armés renversant des personnes désarmées, les écartant par la force, parfois à coup de pieds ou de matraque, ne sont pas de nature à attirer la sympathie de personnes mal informées. Lorsqu'en plus, les autorités catalanes font état de plus de 800 blessés, on imagine une ville mise à feu et à sang par la police. En réalité, et sans nier qu'il y a eu des violences, il est bon de signaler que sur ces 800 blessés, seuls deux ont été hospitalisés, dont une personne âgée de 70 ans victime d'un infarctus, et une autre qui a malheureusement  reçu une balle en caoutchouc dans l’œil.

Un débat doit avoir lieu cet après-midi au Parlement européen sur le problème catalan, au cours duquel il est évident que les violences de dimanche dernier seront évoquées, et certains espèrent qu'il aboutira à une condamnation de l'action de l'Etat espagnol; espérons qu'il n'en sera rien. Il me semble évident que l'on ne peut pas mettre sur le même plan l'action totalement illégale des autorités catalanes, qui se sont obstinées à organiser un soit-disant référendum aboutissant à diviser profondément la société catalane et espagnole, et l'action des autorités centrales, agissant dans le cadre de l'Etat de droit pour empêcher la réalisation de cette parodie de démocratie et faire respecter les droits des millions de catalans qui s'opposent à l'indépendance.

Car enfin, quel est le projet des indépendantistes? Il s'agit d'un projet profondément nationaliste, populiste et de façon de plus en plus évidente, xénophobe: un projet qui cherche à diviser plutôt qu'à rassembler; un projet qui oppose les vrais catalans, ceux qui ont le catalan comme langue maternelle (rappelons qu'ils sont minoritaires), et ceux qui n'ont pas cette "qualité"; un projet qui utilise l'invective et la violence verbale (pour le moment) pour disqualifier ceux qui n'y adhèrent pas, en les accusant de fascisme. De nombreux témoignages d'intellectuels catalans non-indépendantistes nous font effectivement connaître le harcèlement dont ils sont actuellement victime, ce qui explique le silence des très nombreux catalans qui n'adhèrent pas au projet d'indépendance. 
En ce sens, je partage totalement l'opinion que vient d'exprimer Alfonso Guerra, ancien dirigeant de premier plan du PSOE qui fut il y a quelques années vice-président du gouvernement espagnol, lorsqu'il qualifie le mouvement indépendantiste catalan de "mouvement préfasciste", fruit du nationalisme.

Face aux appels à négocier avec le gouvernement catalan, qui se multiplient à la fois en Espagne et dans de nombreux pays européens, Guerra considère d'ailleurs qu'"on ne négocie pas avec des putschistes", estimant qu'il s'agit de leur part d'une tentative de coup d'Etat. Peut-être va t'il trop loin, l'expérience montre qu'on est souvent contraint à négocier avec qui on ne souhaiterait pas le faire, parce que c'est le seul interlocuteur possible: voir par exemple la négociation du gouvernement colombien avec les FARC.

Il n'en reste pas moins que l'actuelle équipe dirigeante catalane, et en particulier ses deux têtes visibles, le président Puigdemont et le vice Président Junqueras, ont fait preuve d'un fanatisme et d'un sectarisme tels que cela laisse peu de chance de succès à une négociation avec eux. Si le seul sujet de négociation qu'ils acceptent est de définir les conditions d'accès de la Catalogne à l'indépendance, aucune négociation ne sera possible. 

Friday, 29 September 2017

LA PRESSE FRANCAISE ET LA CATALOGNE

Face à la situation préoccupante qui se dessine en Catalogne, à deux jours du référendum convoqué par les indépendantistes, je suis frappé par le degré de d'ignorance du sujet que démontre la presse française, et la quantité de désinformation fondée sur l'idéologie qui circule dans les médias.  On nous présente un  peuple unanime dans sa revendication de l'indépendance, empêché de s'exprimer démocratiquement et d'exercer son droit à l'autodétermination par un pouvoir central qui exercerait sur lui une répression brutale rappelant les pires heures de la dictature franquiste.
Au delà de la tendance bien française à donner ses sympathies au petit, au faible, qui résiste obstinément contre le fort, il faut pourtant essayer de raison garder dans cette affaire trop souvent abandonnée aux passions les plus irrationnelles.
Je parlais plus haut d'ignorance et de désinformation. Commençons par l'ignorance, en rappelant quelques points importants de la réalité catalane:
- la société catalane est loin d'être aussi homogène qu'on ne le dit souvent: il ne s'agit pas d'un peuple rassemblé autour de sa langue, de sa culture, de son identité. Si l'on désigne par "catalan" toute personne de nationalité espagnole résidant sur le territoire de la Catalogne (ce qui parait une évidence si l'on ne veut pas sombrer dans l'ethnicisme et le racisme le plus primaire), alors on découvre qu'en réalité ceux qui partagent le culte de la langue et de la culture catalane sont minoritaires. Toutes les études sérieuses montrent que plus de 50% des habitants de la Catalogne ont pour langue maternelle l'espagnol, ce qui n'est d'ailleurs pas sans poser de sérieux problème lorsque l'on connait la politique éducative "d'immersion" menée dans les écoles publiques catalanes pour obliger tous les enfants à recevoir une éducation presque exclusivement en catalan, avec seulement 2 heures d'espagnol par semaine.
- contrairement à l'impression que pourraient donner les images de manifestations impressionnantes d'indépendantistes, qui pourraient amener à croire que l'immense majorité de la population est en faveur de l'indépendance, en réalité l'opinion publique est très divisée. Le dernier sondage sérieux, réalisé en août dernier, donnait environ 41 % en faveur de l'indépendance, contre 50% pour le maintien au sein de l'Espagne. Il est possible que les derniers évènements, dans un contexte où seuls les partisans de l'indépendance ont le droit de s'exprimer alors que les opposants font profil bas par peur de se faire traiter de fascistes ou d'anti démocrates, ait permis aux indépendentistes de se rapprocher des 50%, mais en tout cas on est loin de l'image d'unanimisme qu'essaie de donner le Govern, dans laquelle seuls quelques nostalgiques du franquisme seraient opposés à l'indépendance.

Quant aux  idées  fausses fondées sur l'idéologie, j'en citerai deux:
- la première, selon laquelle il est toujours démocratique de permettre au peuple de s'exprimer par voie de référendum, et il est toujours anti démocratique de s'y opposer. On semble oublier que la démocratie s'accompagne toujours de l'Etat de droit, faute de quoi elle n'est plus que l'oppression d'une partie de la population (la majorité du moment) sur l'autre. Or en la matière, l'Etat de droit a été largement malmené, avec le vote à la hussarde par la majorité du parlement catalan de deux lois, l'une convoquant au référendum, l'autre prévoyant le processus de "déconnexion" de la Catalogne après la proclamation de l'indépendance, sans aucun respect des droits de l'opposition, sans aucun débat préalable. Il s'agit donc d'un référendum totalement illégal et de plus inconstitutionnel (voir plus loin), qui ne donne aucune garantie à l'opposition, avec une campagne électorale dans laquelle seuls les partisans du oui sont audibles, et dans lequel il ne fait aucun doute que les oui l'emporteront largement: aucune condition de taux de participation minimale n'a été établie, et de toutes façons la grande majorité des partisans du non s'abstiendra, puisqu'ils refusent de participer à un référendum illégal. On se dirige donc vers un résultat à la soviétique, avec sans doute près de 90% de oui.
- deuxième idée fausse: celle selon laquelle les peuples ont toujours droit à l'autodétermination, et seuls les États antidémocratiques refusent un tel droit à leur population. Là encore, la réalité est très éloignée du discours indépendentiste. Il est exact que dans l'état actuel de la constitution espagnole, le référendum auquel ne participeront que les habitants de la Catalogne est contraire à cette constitution, puisque la sécession d'une partie de la nation espagnole ne pourrait être autorisée que par un référendum ouvert à la totalité des citoyens espagnols. Mais est-ce différent dans les autres pays? Croit-on qu'un référendum s'adressant aux seuls corses ou aux seuls bretons permettrait à ceux-ci de faire sécession, alors que l'article 1 de la constitution française indique que "La France est une république indivisible", et son article 3 que "aucune section du peuple ne peut s'attribuer l'exercice (de la souveraineté nationale)".
En réalité, pratiquement aucune constitution dans le monde ne prévoit le droit de certaines parties de la nation à l'autodétermination. Et au niveau du droit international et des Nations Unies, le droit à l'autodétermination n'est reconnu, avec beaucoup de précautions, qu'à des territoires qui seraient l'objet d'une domination coloniale, ou qui subiraient un régime dictatorial, ce qui de toute évidence n'est pas le cas de la Catalogne.

Dans ces conditions, le gouvernement espagnol a toute légitimité pour s'opposer par tous les moyens à sa portée à la réalisation de ce référendum. Il ne l'a fait jusqu'à présent qu'avec une grande modération, malgré les hurlements de certains parlant d'un retour du franquisme et de l'utilisation de méthodes dictatoriales. Les soi-disant "prisonniers politiques" (quelques dirigeants catalans arrêtés la semaine dernière) n'ont en réalité été maintenus en détention que quelques heures dans le cadre d'une garde à vue, avant d'être mis en examen.

Reste à savoir comment se déroulera la journée "électorale" de dimanche: les indépendentistes nous assurent qu'ils refusent la violence; cependant, je crains fort que lorsque les gardes civils se présenteront pour fermer des bureaux de vote ou confisquer des urnes, la réaction des multitudes chauffées à blanc depuis plusieurs semaines ne sera pas si pacifique, et que l'on s'expose à des incidents violents... J'espère me tromper. 

Et surtout, que se passera t'il le 2 octobre? La pire des hypothèses serait que les plus extrémistes des indépendentistes proclament de façon unilatérale l'indépendance, en s'appuyant sur un résultat qui sera forcément en faveur du oui. Une telle proclamation entrainerait alors sûrement une réaction musclée du gouvernement central, et un enchainement de violences dont nul ne peut prévoir l'aboutissement.

Une autre hypothèse plus optimiste serait que, face à un résultat peu probant (en raison d'une faible participation), les différentes parties aient le bon sens d'entreprendre des négociations, visant probablement à définir une nouvelle forme d'organisation territoriale, de type fédéraliste, non seulement pour la Catalogne mais pour toute l'Espagne. Mais pour qu'une telle négociation ait des chances d'aboutir, il faudrait que les indépendentistes acceptent d'offrir une alternative différente à celle qu'ils ont proposée jusqu'à présent: référendum (légal et négocié) ou référendum (illégal)

En tout cas, quoi qu'il arrive, il est certain que par la faute du sectarisme et du populisme dont ont fait preuve les indépendentistes, la société catalane restera fortement divisé et fragmentée, et que les haines qui ont été suscitées mettront du temps à s'estomper.

Monday, 18 September 2017

Les services publics "à la française"

Toutes les enquêtes d'opinion montrent l'attachement des français à leurs services publics, et beaucoup d'entre eux continuent à vivre dans l'illusion que ceux-ci sont parmi les meilleurs du monde. C'est pourquoi, toute tentative de l'Etat pour réduire le niveau de ses dépenses se heurte souvent à une forte opposition de toute une partie de la population, convaincue qu'en agissant ainsi c'est à la pérennité de ces services publics que l'on s'attaque, et au maintien de notre pacte républicain.
Or, lorsqu'on y regarde d'un peu plus près, il y a actuellement en France une situation paradoxale:

D'un côté, il est vrai que la France est, parmi les pays développés, l'un de ceux qui consacrent le plus fort pourcentage de leur PIB aux dépenses publiques, n'étant concurrencée dans ce domaine que par quelques pays scandinaves.

Mais en même temps, il suffit de voyager dans des pays de niveau de développement comparable à celui de la France pour constater que les services publics que le notre pays fournit à ses citoyens sont loin d'être les meilleurs du monde, et que leur qualité a  même,  depuis quelques années, une fâcheuse tendance à reculer.

C'est par exemple le cas de l'éducation, pour laquelle les classements internationaux situent désormais la France à une modeste 25ème position dans les classement PISA pour le secondaire, et ne font figurer que 3 universités françaises parmi les 100 premières (classement de Shanghai pour 2016), alors que les  dépenses par habitant consacrées à l'éducation nous classent au 6ème rang mondial. C'est d'ailleurs d'autant plus paradoxal que les professeurs français sont plutôt mal payés par rapport à leur collègues d'autres pays de niveau comparable (notamment les professeurs universitaires).

Prenons un autre exemple, celui de la santé: cette fois-ci, ma comparaison se fait avec un pays généralement considéré comme moins développé que la France, et qui de plus, a subi ces dernières années ce que la presse française qualifie de "coupes sombres" dans ses dépenses publiques: je veux parler de l'Espagne. J'ai eu l'occasion en juillet dernier d'utiliser les services d'un dispensaire "d'attention primaire" espagnol, situé dans un petit bourg de montagne particulièrement isolé. Je m'attendais au pire, quelle ne fut pas ma surprise de trouver un centre ultra moderne dans lequel, sans aucune attente, me furent dispensés des soins d'excellente qualité, avec un personnel attentionné et compétent. Quelle différence avec les services d'urgence français, toujours débordé, dans lesquels, sauf si vous êtes à l'article de la mort, vous avez toutes les chances d'attendre plusieurs heures. 

Autre service public essentiel: les transports urbains, et plus particulièrement le métro: le métro de Barcelone se caractérise par sa propreté impeccable, des accès aménagés dans TOUTES les stations pour les personnes handicapées, des distributeurs automatiques de billets en grand nombre... Arrivant de Barcelone, je débarque à l'aéroport de Roissy, première vitrine de Paris pour les touristes étrangers qui viennent nous visiter. Et qu'est ce que je constate? une queue d'au moins une demi heure pour les touristes qui veulent acheter un billet de RER pour se rendre à Paris; et ensuite, un seul portillon en service (les autres en panne), d'où des queues impressionnantes pour les voyageurs chargés de valises qui veulent accéder aux trains!

Des exemples de ce genre, toute personne qui voyage un peu en dehors de nos frontières peut les multiplier. Et je le répète, ceux que je rapporte concernent un pays théoriquement moins prospère que la France, et qui vient de faire subir à son secteur public une sérieuse crise d'amaigrissement.

On est donc bien obligé de constater que finalement, ce qui fait question en France, ce n'est pas tant le niveau des dépenses publiques dans l'absolu, que l'INEFFICIENCE de nos services publics, c'est à dire le très mauvais rapport existant entre ce que ceux-ci nous coûtent et les prestations que nous en obtenons. Après tout, chaque pays est libre de décider quelle est sa préférence pour la consommation sociale (celle qui est prise en charge par la collectivité) par rapport à la consommation individuelle: si nous préférons que l'ensemble des dépenses de santé, d'éducation, de transport urbain, de protection sociale (vieillesse, chômage...) soit pris en charge par la collectivité publique, libre à nous. D'autres pays, notamment les pays scandinaves, ont fait le même choix. Mais la grande différence avec nous, c'est que pour un montant de dépenses inférieur ou égal au nôtre, ils offrent des services publics de qualité supérieure, tout en ayant réussi à équilibrer leurs comptes publics.

Donc, plus que le niveau des dépenses publiques dans l'absolu, ce qui cause problème en France, c'est l'inefficience catastrophique de la dépense publique: pour le dire brutalement, nous n'en avons pas pour notre argent.

Dans le cas français, nous avons un problème additionnel: le niveau élevé des prélèvements obligatoires n’empêche pas un déficit structurel des dépenses publiques (ces prélèvement ne parviennent pas à couvrir les dépenses) et des dépenses sociales, et l'augmentation de l'endettement qui en résulte. Or l'expérience désastreuse des débuts du gouvernement de François Hollande a montré qu'il n'est plus possible de combler ce déficit par une augmentation des impôts. La seule solution qui reste est donc la réduction des dépenses publiques.

Or on ne parviendra jamais à obtenir une réduction sérieuse de celles-ci par la méthode qui a été utilisée jusqu'à présent: un coup de rabot un peu partout, à l'aveugle, une réduction linéaire des effectifs, y compris dans les domaines où on en a le plus besoin (police, justice). Bien sûr, ce n'est jamais inutile de "resserrer les boulons", de chasser les gâchis là où ils se présentent, mais au bout du compte les économies obtenues seront toujours ponctuelles et passagères. Tant que l'on ne parviendra pas à améliorer de façon structurelle l'efficience de l'Etat, les efforts d'économie seront voués à l'échec.

Un véritable plan de réduction des dépenses publiques doit passer par une remise en cause complète de la façon dont fonctionne l'administration publique, du modèle hiérarchique et bureaucratique dominant: il s'agit, comme le disent les fondateurs du New Public Management (NPM), de "changer l'ADN de l'administration", sa logique interne, en rapprochant notamment les modes de gestion du secteur public de ceux du secteur privé.

J'aurai l'occasion de revenir plus en détail sur cette réforme, qui est pour moi la clé de voûte d'une remise en ordre de l'économie française (comme cela l'a été, bien avant la France, pour le Canada, la Suède, la Nouvelle Zélande, la Grande Bretagne); mais il faut avoir conscience dés maintenant de l'une des premières conditions du succès d'une telle réforme: la  remise en cause du statut des fonctionnaires, afin que seuls quelques fonctionnaires assurant auprès du personnel politique élu une mission de conception et de formulation des politiques publiques, et de contrôle de leur mise en oeuvre, conserve un statut public, tandis que l'immense majorité des personnels assurant la prestation des services publics devrait voir leur situation s'aligner sur celle des salariés privés: disparition de la situation statutaire qui serait remplacée par de simples contrats de travail de droit commun, fin de l'emploi à vie, fin de l'avancement pratiquement automatique à l'ancienneté etc.

C'est là un chantier immense, qui devrait être la grande oeuvre du nouveau gouvernement. Il ne pourra se réaliser que si l'on parvient à montrer aux personnels de l'Etat qu'une telle réforme ne se fera pas à leur détriment, mais qu'elle aura au contraire comme résultat de leur proposer des perspectives de carrière plus attractives, de plus grandes responsabilités, des tâches plus gratifiantes.