Wednesday, 19 December 2018

LE R.I.C.: une fausse bonne idée

Depuis quelques jours, la presse, reprenant servilement le mot d'ordre lancé par une partie (très certainement minoritaire au départ) des gilets jaunes, n'a plus à la bouche que le Référendum d'Initiative Citoyenne (R.I.C.), comme si c'était l'outil qui va, par un coup de baguette magique, régler l'ensemble des problèmes de notre pays. A tel point que notre premier ministre Edouard Philippe (qui marche en ce moment sur des œufs et ne veut surtout pas aller à l'encontre de ce qui parait être l'opinion dominante, a fini par admettre que c'était peut-être une bonne idée, qui en tout cas devrait être approfondie lors du "grand dialogue citoyen" qui parait-il va s'ouvrir prochainement.

Et effectivement, quoi de plus démocratique que de donner la parole au peuple souverain, de lui permettre non seulement d'exprimer ses opinions mais même de prendre des décisions s'imposant aux gouvernants, et cela dans les domaines les plus variés, y compris, selon ce qui est proposé actuellement, en matière constitutionnelle ou au sujet de traités internationaux?

L'exemple souvent cité est celui de la Suisse, où effectivement la formule du référendum d'initiative populaire est largement utilisée, avec toutefois des différences sensibles par rapport à ce qui est proposé en France: par exemple, ces "votations" ne permettent pas de révoquer un élu, ni de proposer une nouvelle loi, mais seulement d'annuler une loi existante.

Mais surtout, l'immense différence entre nos deux pays est qu'en Suisse, il n'y a pas comme en France un système politique classique, avec majorité et opposition, mais ce que les constitutionnalistes appellent un régime d'assemblée, dans lequel l'exécutif est un organe collectif de 7 membres qui représente non pas le parti ou la coalition majoritaire au Parlement, mais l'ensemble des forces politiques présentes au sein de celui-ci: imaginons un gouvernement dans lequel seraient représentés le RN, les Républicains, la REM et les Insoumis, avec en outre un dosage savant visant à assurer une représentation équitable de la diversité linguistique et religieuse du pays! Il s'agit donc d'un système qui oblige pratiquement les forces politiques du pays à adopter non pas un comportement de lutte partisane et d'opposition systématique, mais au contraire de collaboration, de négociation, de recherche du compromis et du consensus.

Cet esprit de compromis imprègne toute la vie politique suisse, y compris dans la pratique des référendums:  les questions qui y sont posées portent essentiellement sur des aspects très terre-à-terre, de la vie de tous les jours, et reflètent le consensus profond de l'ensemble de la société sur l'organisation générale de la société; on est bien loin des conflits de type idéologique qui font les délices de la vie politique française. D'ailleurs les réponses données aux questions posées démontrent la grande modération de l'électorat suisse, sa grande maturité notamment en matière économique, et son refus des solutions de type populiste: c'est ainsi qu'en 2014, les électeurs suisses ont rejeté à une large majorité (seulement 23% de oui) la fixation d'un salaire minimum élevé, conscients des répercussions qu'aurait eu une telle augmentation sur l'emploi.

Imagine t'on quelle serait la réponse de l'électorat français à une telle réponse? Peut-on croire une seule seconde que la rationalité économique pourrait l'emporter, dans le climat de haine des riches et des "gros", de lutte des classes attisée par les partis extrémistes, qui prévaut dans notre pays? Quelle serait par exemple la réponse à un référendum d'initiative populaire proposant le rétablissement de la peine de mort survenant à la suite d'un assassinat particulièrement horrible d'enfant? On peut parier sans beaucoup de risque que la réponse serait oui.

Notre pays a vécu jusqu'à présent en respectant les règles de la démocratie représentative, qui a permis l'instauration d'un régime libéral, respectueux des droits des minorités; l'instauration d'une démocratie plébiscitaire, dont le meilleur instrument serait le référendum d'initiative populaire, signifierait la dictature de la majorité, soumise aux pires excès du populisme. 

Cela ne signifie pas que l'introduction de mécanismes de démocratie directe, notamment au niveau local, pour consulter la population sur des décisions concrètes, par exemple d'aménagement du territoire, soit inutile; les possibilités d'organiser la consultation et la participation des citoyens aux décisions collectives, notamment grâce aux ordinateurs, sont multiples et peuvent être expérimentées avec profit. Mais de grâce, évitons d'accroître le climat de pré-guerre civile que nous connaissons actuellement en ouvrant la boite de Pandore de ce R.I.C. qui est la porte ouverte à toutes les aventures.


Monday, 17 December 2018

les gilets jaunes noyautés par les Insoumis

Plus le mouvement des gilets jaunes avance, plus sa politisation augmente, et les revendications sur la fiscalité et le pouvoir d'achat sont substituées par celles portant sur le renversement du pouvoir en place et la réforme des institutions: en ce sens, Mélenchon a bien raison de dire que 80% du programme des Insoumis se retrouve chez les gilets jaunes: la réalité est qu'à l'heure où j’écris, l'immense majorité des irréductibles, de ceux qui affirment que les propositions faites il y a une semaine par Macron ne répondent pas à leurs revendications et qui appellent à poursuivre le mouvement, sont des Insoumis, soit militants, soit au minimum sympathisants.

De façon évidente, le mouvement des gilets jaunes a eu, depuis ses débuts, une forte tendance populiste, avec des revendications fusant dans toutes les directions et qui, si elles étaient toutes satisfaites, conduiraient l'économie française à la ruine. Dés le début, les sondages effectués sur les préférence politiques des manifestants montraient que, s'il est vrai qu'une partie importante d'entre eux rejetait tous les partis politiques quels qu'ils soient, il n'en restait pas moins que plus de 50% d'entre eux admettaient se reconnaître dans les positions du Rassemblement National et des Insoumis.

Cependant, plus le temps est passé, plus le Rassemblement National a semblé prendre une position en retrait par rapport à celle des Insoumis; ses sympathisants, dont les revendications portaient beaucoup plus sur les aspects fiscaux et de pouvoir d'achat que sur les aspects institutionnels, ont vu celles-ci en grande partie satisfaites; beaucoup d'entre eux font partie d'une petite classe moyenne, de commerçants et d'artisans, et n'ont pas le souhait de "tout casser" et de mettre l'économie en danger. 

C'est pourquoi, l'infime minorité des "jusqu'au boutistes" qui continuent à manifester et expriment le désir de bloquer le pays, se recrute maintenant beaucoup plus du côté de l'extrême gauche que de celui de l'extrême droite; d'ailleurs le seul parti qui continue à l'heure actuelle à jeter de l'huile sur le feu du conflit, en encourageant comme il l'a fait la semaine dernière la poursuite des manifestations à Paris, est bien celui de Jean-Luc Mélenchon.

Et il est vrai que l'un des principaux points du programme présidentiel de celui-ci était la fondation d'une "6ème République", avec certains éléments qui rappellent de façon troublante les principales revendications de ce qui subsiste des gilets jaunes: multiplication des référendums d'initiative citoyenne (R.I.C.), afin de "donner la parole au peuple", instauration du mandat impératif (c'est à dire abrogation du système représentatif actuel, pour le remplacer par un système dans lequel les élus doivent mettre en oeuvre les instructions qu'ils reçoivent de leurs électeurs, et peuvent être révoqués à tout moment si ceux-ci ne sont pas satisfaits de la manière dont leur élu met en oeuvre ces instructions)... Ce copié-collé du programme institutionnel des Insoumis montre bien combien les derniers gilets jaunes qui actuellement prétendent poursuivre le mouvement sont noyautés par les Insoumis.

En réalité, Jean-Luc Mélenchon, qui n'a jamais admis sa défaite au 1er tour des présidentielles, et qui depuis lors n'a cessé de mettre en cause la légitimité du gouvernement actuel, montre bien son vrai visage, qui reste emprunt des méthodes complotistes du trotskisme de sa jeunesse: ce que les urnes ne lui ont pas donné en avril 2017, la rue le lui donnera. Il suffit de rendre le pays ingouvernable, en multipliant les appels à la haine (voir la lettre ouverte de François Ruffin à Emmanuel Macron: "Vous êtes haï avant même d'avoir mis les pieds à l'Elysée") visant à créer dans notre pays un climat de guerre civile.

Alors non, les gilets jaunes ne sont pas la France, et encore moins ceux qui brandissent des pancartes réclamant le R.I.C., défilent aux cris de "Macron démission", et profèrent des menaces de mort à l'égard de leurs opposants. L'Etat n'a pas à s'agenouiller devant une poignée de factieux, et trouver brusquement, comme vient de le dire notre premier ministre, que finalement, le R.I.C. n'est pas une mauvaise idée. 

Ce qui, à un certain moment, a rendu le mouvement des gilets jaunes populaires, avec un niveau d'approbation qui approchait les 80%,  c'est incontestablement l'expression d'un ras-le-bol fiscal, ce sont les phrases que l"on entendait au début: "où va notre argent?" ou "on n'en a pas pour son argent". Mais je suis convaincu que l'immense majorité du peuple français n'est pas prêt à accompagner les "gilets jaunes insoumis" dans leur dérive complotiste et leur approbation de la haine et de la violence comme moyen de lutte politique.


Thursday, 22 November 2018

Les gilets jaunes justifiés par les mensonges du gouvernement?

L'un des commentateurs de mon article précédent, que je remercie pour sa contribution, me fait remarquer qu'à ses yeux, le principal argument qui justifie l'action des gilets jaunes est le fait que le gouvernement aurait menti en prétendant que la nouvelle taxe sur les carburants allait servir à financer la transition énergétique, alors qu'en réalité à peine 1/4 de son montant serait utilisé à cette fin.

Je ne dispose pas de tous les éléments d'information pour savoir quelle utilisation le gouvernement va faire du produit de la taxe carbone, pour une raison simple: en dehors de certaines "taxes affectées" (c'est à dire créées pour financer certaines dépenses spécifiques), la grande majorité des impôts perçus par l'Etat (dont la taxe carbone) sont versés au Budget général, c'est à dire dans un immense "pot commun" permettant à l'Etat de financer l'ensemble de ses dépenses, dont celles concernant la transition énergétique. Il n'y a donc aucune transparence, et seuls quelques spécialistes des questions budgétaires sont capables de dire avec certitude quel est le montant des dépenses de l'Etat (provenant de différents ministères) affectées directement ou indirectement à la transition énergétique.

Il est certain que cette situation arrange bien nos gouvernants, et dans la situation de quasi faillite que connait l'Etat de façon chronique, il n'est effectivement pas difficile d'imaginer que leur préoccupation principale en établissant la taxe carbone est de se procurer des ressources additionnelles pour éviter un dérapage du déficit budgétaire. Et bien entendu, ce manque de transparence dans l'utilisation des deniers publics ne fait qu'alimenter la méfiance et la fracture de plus en plus profonde entre gouvernants et gouvernés.

Ceci dit, l'argument de mon interlocuteur ne contredit pas les miens, bien au contraire: il ne fait que renforcer ma conviction que c'est le niveau excessif de la dépense publique (globalement, je paie trop d'impôts) et la mauvaise gestion de l'Etat (je ne vois pas à quoi servent mes impôts, je n'en ai pas pour mon argent)  qui amènent l'Etat a faire flèche de tout bois en se procurant des ressources par tous les moyens et provoquent la situation de ras le bol fiscal que nous connaissons.

Donc, oui c'est probablement vrai, l'Etat nous ment en prétendant que la taxe carbone sert à financer la transition énergétique. Mais c'est parce que l'Etat est un mauvais gestionnaire, incapable de contrôler la dépense publique, de définir ses missions essentielles et d'éliminer celles qui ne le sont pas, qu'il en est réduit à de tels expédients pour survivre.

Si l'Etat était capable de justifier de l'utilisation efficiente de chaque centime qu'il dépense, s'il cessait d'être ce monstre bureaucratique qu'il est devenu, se mêlant de tout sans rendre compte de rien, nous n'aurions pas, comme citoyens, une telle méfiance chaque fois qu'il nous demande une contribution nouvelle.




Wednesday, 21 November 2018

RAS LE BOL FISCAL ET DÉPENSE PUBLIQUE

Le mouvement des gilets jaunes, né au départ comme protestation contre la hausse de la fiscalité des carburants, est en train de se transformer en une espèce de "jacquerie" assez informelle contre le niveau jugé excessif de la fiscalité et des prélèvements obligatoires, au nom de la défense du pouvoir d'achat. Des rapprochements sont ainsi faits avec le mouvement poujadiste des années 50, qui avait ébranlé les institutions de la 4ème République et participé à sa chute en 1958.

On peut bien sûr discuter sur la réalité de cette perception d'une baisse du pouvoir d'achat, alors que les statistiques de l'INSEE semblent indiquer le contraire; on peut également considérer que l'amélioration du pouvoir d'achat est beaucoup plus à rechercher grâce à une croissance robuste  permettant à l'économie de se rapprocher du plein emploi, et aux entreprises d'augmenter les salaires. Il n'en reste pas moins que nous voyons apparaître un phénomène intéressant: alors que traditionnellement les français croient que plus l'Etat dépense, mieux c'est pour l'économie et le pouvoir d'achat (quitte pour cela à s'endetter ou à augmenter les impôts), il semble qu'enfin ils prennent conscience de ce que cette augmentation permanente des dépenses et des prélèvements fiscaux a atteint ses limites.

Bien sûr, beaucoup continuent à penser, comme le disait ironiquement Macron il y a quelques jours,  et comme le réclament les Insoumis, que l'on peut à la fois réclamer davantage de fonctionnaires, davantage de prestations sociales, et en même temps payer moins d'impôts. Mais il me semble malgré tout qu'un certain bon sens populaire permet à un nombre croissant de personnes de comprendre qu'on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre.

Il devrait être évident pour tout le monde que, si le niveau des prélèvements obligatoires est trop élevé et devient insupportable, la raison en est le montant trop élevé de la dépense publique. Or tous les gouvernements qui se sont succédé en France depuis au moins 30 ans ont fini par laisser filer cette dépense dans une croissance ininterrompue: pour certains, il s'agissait d'une croissance assumée pour des motifs idéologiques; pour d'autres au contraire, elle survenait en dépit d'un discours annonçant le contraire.

Le gouvernement Macron s'inscrit dans cette dernière lignée, puisque dans son programme, que jusqu'à présent il a scrupuleusement respecté, il a promis une diminution de plusieurs points de PIB de la dépense publique. Mais jusqu'à présent, il faut bien reconnaître que les résultats obtenus sont faibles et peu satisfaisants. Lorsqu'on nous annonce une diminution des dépenses publiques, il s'agit en réalité au mieux d'une diminution de leur rythme d'augmentation!

Or le gouvernement ne dispose en l'état d'aucune marge de manœuvre: rien ne pourra être fait pour réduire le niveau des prélèvements obligatoires, dont tout montre qu'il est devenu insupportable aux français, tant que nous ne parviendrons pas à une diminution réelle et substantielle des dépenses publiques.

Ce devrait être là le chantier prioritaire du gouvernement actuel; en réalité, cela aurait dû l'être dés sa prise de possession, il y maintenant un an et demi. Mais les efforts entrepris jusqu'à présent ne sont pas à la mesure du problème.

J'entendais l'autre soir sur C dans l'air que de toutes façons il est trop tard: une fois l'état de grâce passé, un gouvernement avec 25% de popularité et une conjoncture économique de plus en plus incertaine, ne pourrait plus entreprendre de grandes réformes, et devrait se contenter de gérer les affaires courantes.

Je pense au contraire que le moment est propice pour entreprendre enfin cette grande réforme de l'Etat sans laquelle aucun redressement économique de la France ne sera possible: mais à cela il y une condition: que le gouvernement soit capable de faire de cette réforme un grand dessein national, à la réaliser non pas CONTRE les français, mais en les convainquant que la situation actuelle est devenue insoutenable.

On ne peut pas admettre qu'un pays soit à la fois: l'un de ceux qui ont les prélèvements obligatoires les plus élevés, mais en même temps l'un des plus endettés (ce qui signifie que ces prélèvements sont insuffisants), et enfin, un pays dans lequel la qualité des services publics ne fait que se dégrader.

Tout cela révèle une inefficience prodigieuse, qui démontre que c'est toute la gestion et l'organisation de l'appareil de l'Etat, de ses services publics et de son système de protection sociale qui doivent être remises en cause. A la limite, le principal problème n'est pas que l'Etat dépense trop, mais que les français n'en ont pas pour leur argent, et qu'ils ne reçoivent pas de l'Etat ce qu'ils seraient en droit d'en attendre compte tenu de tout ce qu'ils lui donnent.

Cette réforme ne se fera pas en donnant à l'aveuglette des coups de rabot dans la dépense publique, ce qui ne peut avoir pour résultat que la dégradation de ce qui existe, mais d'abord en procédant à un véritable réexamen de ce que sont les missions de l'Etat, de quelles sont ses priorités, et quelles sont les activités qu'il pourrait abandonner, sous traiter ou laisser au secteur privé; puis en réalisant une réforme complète du mode de fonctionnement des services et missions qu'il décidera de conserver.

Et surtout, une telle réforme ne pourra pas se faire, comme cela a été trop souvent le cas par le passé, de façon honteuse et cachée, comme si on avait peur de mécontenter les différentes clientèles dépendant des deniers de l'Etat; mais au contraire en y associant tous les français, à commencer par les travailleurs du secteur public, et en les convainquant que c'est toute la collectivité nationale qui en bénéficiera




Friday, 16 November 2018

LES TRAVAUX CONTINUENT!

J'ai parlé la semaine dernière du véritable massacre de la place Jules Joffrin auquel se sont livrées les autorités municipales, sans aucun bénéfice tangible pour les riverains.

Mais l'action anti-voiture de notre maire ne s'arrête pas là; toute personne qui circule actuellement dans Paris peut constater la multiplication des rues, grandes et petites, fermées et défoncées pendant que s'y réalisent des travaux dont on a du mal à comprendre l'utilité.

Si j'en juge par ce qui se passe dans le quartier Jules Joffrin (par exemple, rue Versigny, rue Joseph Dijon, rue Hermel et Ramey), le but de ces travaux est d'élargir les trottoirs, réduire la largeur de la chaussée et surtout diminuer drastiquement les espaces sur lesquels le stationnement des voitures est possible.

Il est certain que ces travaux sont parfaitement cohérents avec la politique générale de la mairie consistant à décourager les parisiens d'utiliser leur voiture pour recourir à des moyens de transport moins polluants. On peut cependant se demander si la méthode employée est la plus économique et surtout la plus efficace.

Tous ces travaux ont un coût; je n'ose imaginer à combien va se chiffrer l'addition globale, puisque les quelque exemples que je viens de citer ne représentent qu'une part infime de ce qui est en cours de réalisation dans tous les quartiers de Paris.

On peut se demander si tout cet argent n'aurait pas été mieux investi s'il avait été consacré à l'amélioration des transports en commun; j'ai signalé dans un article antérieur combien le métro parisien est déficient, comparé à celui d'autres grandes villes européennes (et même de pays du tiers monde: voir le métro de Delhi), notamment en ce qui concerne l'accès aux personnes handicapées ou à mobilité réduite: faible nombre d'escaliers mécaniques, souvent en panne, absence quasi totale d'ascenseurs... Sans même parler des handicapés, si vous êtes une personne âgée (de plus en plus nombreuses à Paris) ou simplement un touriste qui vient de débarquer dans une gare parisienne avec une valise de 20 kilos, ce n'est pas évident d'utiliser le métro.

Par ailleurs, la lenteur avec laquelle sont effectués les travaux de rénovation du métro est proprement désespérante: depuis plusieurs années, les usagers de la ligne 4 voient régulièrement certaines stations fermées pendant plusieurs mois pour travaux; on pourrait imaginer qu'après trois mois de fermeture, il nous sera offert une station flambant neuve. Il n'en est rien, les stations théoriquement "rénovées" sont restituées aux usagers dans un état pire qu'avant les travaux, ce qui semble indiquer qu'une deuxième étape sera nécessaire pour achever ceux-ci; à ce rythme, cette seule ligne risque peu d'être achevée avant une vingtaine d'années.

Il y ainsi un contraste frappant entre la pauvreté des moyens consacrés à l'amélioration des transports en commun et la célérité avec laquelle les rues de Paris sont défoncées. On assiste une fois de plus, dans la politique de mobilité menée par notre maire, au triomphe de "l'écologie punitive" aux dépens de l'écologie positive: on commence par punir ceux qui ont encore le mauvais goût d'utiliser leur voiture, au lieu de leur donner des raisons de préférer d'autres moyens de transport. 

L'efficacité d'une telle politique est plus que douteuse: Madame le Maire, vous pouvez rendre la vie impossible aux automobilistes (et à tous les parisiens qui subissent les nuisances des travaux, puis des embouteillages croissants résultant de ceux-ci), mais vous ne les convaincrez pas d'abandonner leur voiture si vous ne leur offrez pas des alternatives attractives.




Thursday, 8 November 2018

UN PARISIEN INDIGNÉ: HIDALGO CONTINUE SES MÉFAITS!

Comme tout parisien, j'ai pu constater la multiplication ces derniers mois de chantiers dans tous les quartiers, de rues défoncées, certaines fermées pour de longues périodes, sans que la justification de ces travaux paraisse très évidente.

C'est le cas pour un coin de Paris que j'aime particulièrement, puisque j'y vis: il s'agit de la Place Jules Joffrin, qui s'étend entre la Mairie du 18ème et l'église Notre Dame de Clignancourt: un endroit qui est (qui était?) particulièrement charmant, avant que notre maire décide d'y mettre la main et d'y exercer son idéologie aveuglement anti-voiture.

Cette place n'avait aux yeux de nos planificateurs urbains qu'un seul défaut: on y avait aménagé en bordure du trottoir, un renfoncement qui rognait une largeur d'environ 2 mètres, ce qui permettait aux autobus (lignes 31 et 60) de s'y garer pour décharger et prendre des voyageurs sans perturber la circulation intense de la rue Ordener.

Cela constituait une insulte insupportable aux yeux de notre maire, qui considère que tout doit être fait pour perturber le trafic: face à ce défi, la solution (idéologique) s'imposait: déplacer l'arrêt quelques mètres plus loin, là où la rue Ordener est bien étroite et où les autobus ne peuvent s'arrêter qu'en bloquant totalement la circulation: désormais, le croisement des rue Ordener et du Mont-Cenis est un enfer!

Cela permettait du même coup de restituer aux piétons, qui n'en demandaient pas tant, les 2 mètres de trottoirs qu'utilisaient les autobus pour s'arrêter; cela a entraîné des travaux qui ont duré plus de deux mois, consistant à défoncer totalement la place Jules Joffrin; les palissades autour de ces travaux portant des affiches nous annonçant un "embellissement" de la place, j'imaginais une transformation complète, peut-être des arbres ou des massifs de fleurs, pourquoi pas un kiosque à musique; mais non, tout ce que nous voyons actuellement, c'est une étendue sans grâce d'asphalte noir.

Je veux bien reconnaître que la politique visant à limiter la circulation automobile dans Paris intra muros a une certaine logique et une certaine cohérence. Mais de là à créer DÉLIBÉRÉMENT des embouteillages, cause d'énervement et de pollution (bruit, gaz d'échappement), on peut penser qu'il y a de la part de Mme Hidalgo un certain acharnement qui passe toute mesure.

Et bien entendu, tous ces travaux parfaitement inutiles qui défigurent actuellement Paris pour satisfaire le sectarisme de l'administration municipale coûtent fort cher et sont financés par nos impôts; comme l'a été la mise au rebut d'un système de Vélib dont les parisiens étaient généralement satisfaits pour le remplacer par un nouveau système qui est un désastre; comme l'a été la suppression du système d'Autolib, décidée d'un trait de plume et sans concertation: autant de décisions qui nuisent à la qualité de vie des parisiens, et qui exposent la municipalité à de longues batailles légales contre les prestataires de ces services, et à d'éventuelles condamnations à de lourdes indemnisations.

Madame Hidalgo: arrêtez de décider seule ce qui est bon pour les parisiens, arrêtez de défigurer notre ville et de la rendre invivable!

Wednesday, 4 October 2017

CATALOGNE: APRES LE REFERENDUM

Je découvre, dans la presse et dans les commentaires de certains hommes politiques européens, une grande hypocrisie ou une immense ignorance du sujet, depuis qu'apparaissent les images des violences survenues lors du référendum du 1er octobre dernier. D'une façon générale les commentaires se concentrent sur les "violences policières" pour les condamner, au nom du respect de la liberté d'expression, et pour renvoyer dos à dos les indépendantistes et le gouvernement central.
Pourtant, ces violences étaient attendues et inévitables, et en réalité on peut s'estimer heureux que ce ne soit pas allé plus loin. Il faut en effet rappeler que les policiers espagnols, loin de réprimer aveuglément et de façon autoritaire des manifestations légales, n'ont fait qu'obéir comme ils en avaient le devoir aux ordres de juges espagnols qui leur avaient ordonné d'empêcher la réalisation d'un référendum totalement illégal, en fermant les bureaux de vote et en saisissant les urnes. Ils ne se sont pas heurté à des citoyens exerçant librement leur liberté d'expression, mais à des personnes en train de réaliser un acte ouvertement illégal, et qui se sont opposées aux forces de police en faisant obstruction à leur action. Il ne s'agit donc pas de charges aveugles cherchant à "casser du manifestant", mais d'actions visant strictement à la réalisation de la mission qui leur avait été fixée par le pouvoir judiciaire. On n'est donc absolument pas face à des violences policières gratuites, à une répression rappelant, comme ne craignent pas de le dire certains sans crainte du ridicule, "les heures noires de la dictature", mais au simple exercice de la "violence légitime" de l'Etat, agissant dans le cadre de sa mission de faire respecter la loi et l'état de droit.
On pourra toujours ergoter pour savoir si la police aurait pu remplir sa mission de façon moins violente; si des excès ont été commis, ils doivent bien sûr être punis. Mais il faut en outre rappeler que le travail de la police espagnole n'a pas été facilité par la trahison des forces catalanes, les "Mossos d'Esquadra", qui après avoir assuré la veille qu'ils participeraient à la fermeture des bureaux de vote aux côtés des forces espagnoles, ont finalement refusé au dernier moment de s'y associer, et se sont même affrontés, dans certains cas, à la police espagnole. De ce fait, celle-ci s'est souvent retrouvée dans des situations délicates, cernée par une foule hostile, ce qui les a obligés à faire usage de la violence pour se dégager. 
Finalement, il faut bien reconnaître que les indépendantistes ont gagné la guerre des images et de la communication. Il est certain que les photos de policiers lourdement armés renversant des personnes désarmées, les écartant par la force, parfois à coup de pieds ou de matraque, ne sont pas de nature à attirer la sympathie de personnes mal informées. Lorsqu'en plus, les autorités catalanes font état de plus de 800 blessés, on imagine une ville mise à feu et à sang par la police. En réalité, et sans nier qu'il y a eu des violences, il est bon de signaler que sur ces 800 blessés, seuls deux ont été hospitalisés, dont une personne âgée de 70 ans victime d'un infarctus, et une autre qui a malheureusement  reçu une balle en caoutchouc dans l’œil.

Un débat doit avoir lieu cet après-midi au Parlement européen sur le problème catalan, au cours duquel il est évident que les violences de dimanche dernier seront évoquées, et certains espèrent qu'il aboutira à une condamnation de l'action de l'Etat espagnol; espérons qu'il n'en sera rien. Il me semble évident que l'on ne peut pas mettre sur le même plan l'action totalement illégale des autorités catalanes, qui se sont obstinées à organiser un soit-disant référendum aboutissant à diviser profondément la société catalane et espagnole, et l'action des autorités centrales, agissant dans le cadre de l'Etat de droit pour empêcher la réalisation de cette parodie de démocratie et faire respecter les droits des millions de catalans qui s'opposent à l'indépendance.

Car enfin, quel est le projet des indépendantistes? Il s'agit d'un projet profondément nationaliste, populiste et de façon de plus en plus évidente, xénophobe: un projet qui cherche à diviser plutôt qu'à rassembler; un projet qui oppose les vrais catalans, ceux qui ont le catalan comme langue maternelle (rappelons qu'ils sont minoritaires), et ceux qui n'ont pas cette "qualité"; un projet qui utilise l'invective et la violence verbale (pour le moment) pour disqualifier ceux qui n'y adhèrent pas, en les accusant de fascisme. De nombreux témoignages d'intellectuels catalans non-indépendantistes nous font effectivement connaître le harcèlement dont ils sont actuellement victime, ce qui explique le silence des très nombreux catalans qui n'adhèrent pas au projet d'indépendance. 
En ce sens, je partage totalement l'opinion que vient d'exprimer Alfonso Guerra, ancien dirigeant de premier plan du PSOE qui fut il y a quelques années vice-président du gouvernement espagnol, lorsqu'il qualifie le mouvement indépendantiste catalan de "mouvement préfasciste", fruit du nationalisme.

Face aux appels à négocier avec le gouvernement catalan, qui se multiplient à la fois en Espagne et dans de nombreux pays européens, Guerra considère d'ailleurs qu'"on ne négocie pas avec des putschistes", estimant qu'il s'agit de leur part d'une tentative de coup d'Etat. Peut-être va t'il trop loin, l'expérience montre qu'on est souvent contraint à négocier avec qui on ne souhaiterait pas le faire, parce que c'est le seul interlocuteur possible: voir par exemple la négociation du gouvernement colombien avec les FARC.

Il n'en reste pas moins que l'actuelle équipe dirigeante catalane, et en particulier ses deux têtes visibles, le président Puigdemont et le vice Président Junqueras, ont fait preuve d'un fanatisme et d'un sectarisme tels que cela laisse peu de chance de succès à une négociation avec eux. Si le seul sujet de négociation qu'ils acceptent est de définir les conditions d'accès de la Catalogne à l'indépendance, aucune négociation ne sera possible.