miércoles, 4 de octubre de 2017

CATALOGNE: APRES LE REFERENDUM

Je découvre, dans la presse et dans les commentaires de certains hommes politiques européens, une grande hypocrisie ou une immense ignorance du sujet, depuis qu'apparaissent les images des violences survenues lors du référendum du 1er octobre dernier. D'une façon générale les commentaires se concentrent sur les "violences policières" pour les condamner, au nom du respect de la liberté d'expression, et pour renvoyer dos à dos les indépendantistes et le gouvernement central.
Pourtant, ces violences étaient attendues et inévitables, et en réalité on peut s'estimer heureux que ce ne soit pas allé plus loin. Il faut en effet rappeler que les policiers espagnols, loin de réprimer aveuglément et de façon autoritaire des manifestations légales, n'ont fait qu'obéir comme ils en avaient le devoir aux ordres de juges espagnols qui leur avaient ordonné d'empêcher la réalisation d'un référendum totalement illégal, en fermant les bureaux de vote et en saisissant les urnes. Ils ne se sont pas heurté à des citoyens exerçant librement leur liberté d'expression, mais à des personnes en train de réaliser un acte ouvertement illégal, et qui se sont opposées aux forces de police en faisant obstruction à leur action. Il ne s'agit donc pas de charges aveugles cherchant à "casser du manifestant", mais d'actions visant strictement à la réalisation de la mission qui leur avait été fixée par le pouvoir judiciaire. On n'est donc absolument pas face à des violences policières gratuites, à une répression rappelant, comme ne craignent pas de le dire certains sans crainte du ridicule, "les heures noires de la dictature", mais au simple exercice de la "violence légitime" de l'Etat, agissant dans le cadre de sa mission de faire respecter la loi et l'état de droit.
On pourra toujours ergoter pour savoir si la police aurait pu remplir sa mission de façon moins violente; si des excès ont été commis, ils doivent bien sûr être punis. Mais il faut en outre rappeler que le travail de la police espagnole n'a pas été facilité par la trahison des forces catalanes, les "Mossos d'Esquadra", qui après avoir assuré la veille qu'ils participeraient à la fermeture des bureaux de vote aux côtés des forces espagnoles, ont finalement refusé au dernier moment de s'y associer, et se sont même affrontés, dans certains cas, à la police espagnole. De ce fait, celle-ci s'est souvent retrouvée dans des situations délicates, cernée par une foule hostile, ce qui les a obligés à faire usage de la violence pour se dégager. 
Finalement, il faut bien reconnaître que les indépendantistes ont gagné la guerre des images et de la communication. Il est certain que les photos de policiers lourdement armés renversant des personnes désarmées, les écartant par la force, parfois à coup de pieds ou de matraque, ne sont pas de nature à attirer la sympathie de personnes mal informées. Lorsqu'en plus, les autorités catalanes font état de plus de 800 blessés, on imagine une ville mise à feu et à sang par la police. En réalité, et sans nier qu'il y a eu des violences, il est bon de signaler que sur ces 800 blessés, seuls deux ont été hospitalisés, dont une personne âgée de 70 ans victime d'un infarctus, et une autre qui a malheureusement  reçu une balle en caoutchouc dans l’œil.

Un débat doit avoir lieu cet après-midi au Parlement européen sur le problème catalan, au cours duquel il est évident que les violences de dimanche dernier seront évoquées, et certains espèrent qu'il aboutira à une condamnation de l'action de l'Etat espagnol; espérons qu'il n'en sera rien. Il me semble évident que l'on ne peut pas mettre sur le même plan l'action totalement illégale des autorités catalanes, qui se sont obstinées à organiser un soit-disant référendum aboutissant à diviser profondément la société catalane et espagnole, et l'action des autorités centrales, agissant dans le cadre de l'Etat de droit pour empêcher la réalisation de cette parodie de démocratie et faire respecter les droits des millions de catalans qui s'opposent à l'indépendance.

Car enfin, quel est le projet des indépendantistes? Il s'agit d'un projet profondément nationaliste, populiste et de façon de plus en plus évidente, xénophobe: un projet qui cherche à diviser plutôt qu'à rassembler; un projet qui oppose les vrais catalans, ceux qui ont le catalan comme langue maternelle (rappelons qu'ils sont minoritaires), et ceux qui n'ont pas cette "qualité"; un projet qui utilise l'invective et la violence verbale (pour le moment) pour disqualifier ceux qui n'y adhèrent pas, en les accusant de fascisme. De nombreux témoignages d'intellectuels catalans non-indépendantistes nous font effectivement connaître le harcèlement dont ils sont actuellement victime, ce qui explique le silence des très nombreux catalans qui n'adhèrent pas au projet d'indépendance. 
En ce sens, je partage totalement l'opinion que vient d'exprimer Alfonso Guerra, ancien dirigeant de premier plan du PSOE qui fut il y a quelques années vice-président du gouvernement espagnol, lorsqu'il qualifie le mouvement indépendantiste catalan de "mouvement préfasciste", fruit du nationalisme.

Face aux appels à négocier avec le gouvernement catalan, qui se multiplient à la fois en Espagne et dans de nombreux pays européens, Guerra considère d'ailleurs qu'"on ne négocie pas avec des putschistes", estimant qu'il s'agit de leur part d'une tentative de coup d'Etat. Peut-être va t'il trop loin, l'expérience montre qu'on est souvent contraint à négocier avec qui on ne souhaiterait pas le faire, parce que c'est le seul interlocuteur possible: voir par exemple la négociation du gouvernement colombien avec les FARC.

Il n'en reste pas moins que l'actuelle équipe dirigeante catalane, et en particulier ses deux têtes visibles, le président Puigdemont et le vice Président Junqueras, ont fait preuve d'un fanatisme et d'un sectarisme tels que cela laisse peu de chance de succès à une négociation avec eux. Si le seul sujet de négociation qu'ils acceptent est de définir les conditions d'accès de la Catalogne à l'indépendance, aucune négociation ne sera possible. 

viernes, 29 de septiembre de 2017

LA PRESSE FRANCAISE ET LA CATALOGNE

Face à la situation préoccupante qui se dessine en Catalogne, à deux jours du référendum convoqué par les indépendantistes, je suis frappé par le degré de d'ignorance du sujet que démontre la presse française, et la quantité de désinformation fondée sur l'idéologie qui circule dans les médias.  On nous présente un  peuple unanime dans sa revendication de l'indépendance, empêché de s'exprimer démocratiquement et d'exercer son droit à l'autodétermination par un pouvoir central qui exercerait sur lui une répression brutale rappelant les pires heures de la dictature franquiste.
Au delà de la tendance bien française à donner ses sympathies au petit, au faible, qui résiste obstinément contre le fort, il faut pourtant essayer de raison garder dans cette affaire trop souvent abandonnée aux passions les plus irrationnelles.
Je parlais plus haut d'ignorance et de désinformation. Commençons par l'ignorance, en rappelant quelques points importants de la réalité catalane:
- la société catalane est loin d'être aussi homogène qu'on ne le dit souvent: il ne s'agit pas d'un peuple rassemblé autour de sa langue, de sa culture, de son identité. Si l'on désigne par "catalan" toute personne de nationalité espagnole résidant sur le territoire de la Catalogne (ce qui parait une évidence si l'on ne veut pas sombrer dans l'ethnicisme et le racisme le plus primaire), alors on découvre qu'en réalité ceux qui partagent le culte de la langue et de la culture catalane sont minoritaires. Toutes les études sérieuses montrent que plus de 50% des habitants de la Catalogne ont pour langue maternelle l'espagnol, ce qui n'est d'ailleurs pas sans poser de sérieux problème lorsque l'on connait la politique éducative "d'immersion" menée dans les écoles publiques catalanes pour obliger tous les enfants à recevoir une éducation presque exclusivement en catalan, avec seulement 2 heures d'espagnol par semaine.
- contrairement à l'impression que pourraient donner les images de manifestations impressionnantes d'indépendantistes, qui pourraient amener à croire que l'immense majorité de la population est en faveur de l'indépendance, en réalité l'opinion publique est très divisée. Le dernier sondage sérieux, réalisé en août dernier, donnait environ 41 % en faveur de l'indépendance, contre 50% pour le maintien au sein de l'Espagne. Il est possible que les derniers évènements, dans un contexte où seuls les partisans de l'indépendance ont le droit de s'exprimer alors que les opposants font profil bas par peur de se faire traiter de fascistes ou d'anti démocrates, ait permis aux indépendentistes de se rapprocher des 50%, mais en tout cas on est loin de l'image d'unanimisme qu'essaie de donner le Govern, dans laquelle seuls quelques nostalgiques du franquisme seraient opposés à l'indépendance.

Quant aux  idées  fausses fondées sur l'idéologie, j'en citerai deux:
- la première, selon laquelle il est toujours démocratique de permettre au peuple de s'exprimer par voie de référendum, et il est toujours anti démocratique de s'y opposer. On semble oublier que la démocratie s'accompagne toujours de l'Etat de droit, faute de quoi elle n'est plus que l'oppression d'une partie de la population (la majorité du moment) sur l'autre. Or en la matière, l'Etat de droit a été largement malmené, avec le vote à la hussarde par la majorité du parlement catalan de deux lois, l'une convoquant au référendum, l'autre prévoyant le processus de "déconnexion" de la Catalogne après la proclamation de l'indépendance, sans aucun respect des droits de l'opposition, sans aucun débat préalable. Il s'agit donc d'un référendum totalement illégal et de plus inconstitutionnel (voir plus loin), qui ne donne aucune garantie à l'opposition, avec une campagne électorale dans laquelle seuls les partisans du oui sont audibles, et dans lequel il ne fait aucun doute que les oui l'emporteront largement: aucune condition de taux de participation minimale n'a été établie, et de toutes façons la grande majorité des partisans du non s'abstiendra, puisqu'ils refusent de participer à un référendum illégal. On se dirige donc vers un résultat à la soviétique, avec sans doute près de 90% de oui.
- deuxième idée fausse: celle selon laquelle les peuples ont toujours droit à l'autodétermination, et seuls les États antidémocratiques refusent un tel droit à leur population. Là encore, la réalité est très éloignée du discours indépendentiste. Il est exact que dans l'état actuel de la constitution espagnole, le référendum auquel ne participeront que les habitants de la Catalogne est contraire à cette constitution, puisque la sécession d'une partie de la nation espagnole ne pourrait être autorisée que par un référendum ouvert à la totalité des citoyens espagnols. Mais est-ce différent dans les autres pays? Croit-on qu'un référendum s'adressant aux seuls corses ou aux seuls bretons permettrait à ceux-ci de faire sécession, alors que l'article 1 de la constitution française indique que "La France est une république indivisible", et son article 3 que "aucune section du peuple ne peut s'attribuer l'exercice (de la souveraineté nationale)".
En réalité, pratiquement aucune constitution dans le monde ne prévoit le droit de certaines parties de la nation à l'autodétermination. Et au niveau du droit international et des Nations Unies, le droit à l'autodétermination n'est reconnu, avec beaucoup de précautions, qu'à des territoires qui seraient l'objet d'une domination coloniale, ou qui subiraient un régime dictatorial, ce qui de toute évidence n'est pas le cas de la Catalogne.

Dans ces conditions, le gouvernement espagnol a toute légitimité pour s'opposer par tous les moyens à sa portée à la réalisation de ce référendum. Il ne l'a fait jusqu'à présent qu'avec une grande modération, malgré les hurlements de certains parlant d'un retour du franquisme et de l'utilisation de méthodes dictatoriales. Les soi-disant "prisonniers politiques" (quelques dirigeants catalans arrêtés la semaine dernière) n'ont en réalité été maintenus en détention que quelques heures dans le cadre d'une garde à vue, avant d'être mis en examen.

Reste à savoir comment se déroulera la journée "électorale" de dimanche: les indépendentistes nous assurent qu'ils refusent la violence; cependant, je crains fort que lorsque les gardes civils se présenteront pour fermer des bureaux de vote ou confisquer des urnes, la réaction des multitudes chauffées à blanc depuis plusieurs semaines ne sera pas si pacifique, et que l'on s'expose à des incidents violents... J'espère me tromper. 

Et surtout, que se passera t'il le 2 octobre? La pire des hypothèses serait que les plus extrémistes des indépendentistes proclament de façon unilatérale l'indépendance, en s'appuyant sur un résultat qui sera forcément en faveur du oui. Une telle proclamation entrainerait alors sûrement une réaction musclée du gouvernement central, et un enchainement de violences dont nul ne peut prévoir l'aboutissement.

Une autre hypothèse plus optimiste serait que, face à un résultat peu probant (en raison d'une faible participation), les différentes parties aient le bon sens d'entreprendre des négociations, visant probablement à définir une nouvelle forme d'organisation territoriale, de type fédéraliste, non seulement pour la Catalogne mais pour toute l'Espagne. Mais pour qu'une telle négociation ait des chances d'aboutir, il faudrait que les indépendentistes acceptent d'offrir une alternative différente à celle qu'ils ont proposée jusqu'à présent: référendum (légal et négocié) ou référendum (illégal)

En tout cas, quoi qu'il arrive, il est certain que par la faute du sectarisme et du populisme dont ont fait preuve les indépendentistes, la société catalane restera fortement divisé et fragmentée, et que les haines qui ont été suscitées mettront du temps à s'estomper.

lunes, 18 de septiembre de 2017

Les services publics "à la française"

Toutes les enquêtes d'opinion montrent l'attachement des français à leurs services publics, et beaucoup d'entre eux continuent à vivre dans l'illusion que ceux-ci sont parmi les meilleurs du monde. C'est pourquoi, toute tentative de l'Etat pour réduire le niveau de ses dépenses se heurte souvent à une forte opposition de toute une partie de la population, convaincue qu'en agissant ainsi c'est à la pérennité de ces services publics que l'on s'attaque, et au maintien de notre pacte républicain.
Or, lorsqu'on y regarde d'un peu plus près, il y a actuellement en France une situation paradoxale:

D'un côté, il est vrai que la France est, parmi les pays développés, l'un de ceux qui consacrent le plus fort pourcentage de leur PIB aux dépenses publiques, n'étant concurrencée dans ce domaine que par quelques pays scandinaves.

Mais en même temps, il suffit de voyager dans des pays de niveau de développement comparable à celui de la France pour constater que les services publics que le notre pays fournit à ses citoyens sont loin d'être les meilleurs du monde, et que leur qualité a  même,  depuis quelques années, une fâcheuse tendance à reculer.

C'est par exemple le cas de l'éducation, pour laquelle les classements internationaux situent désormais la France à une modeste 25ème position dans les classement PISA pour le secondaire, et ne font figurer que 3 universités françaises parmi les 100 premières (classement de Shanghai pour 2016), alors que les  dépenses par habitant consacrées à l'éducation nous classent au 6ème rang mondial. C'est d'ailleurs d'autant plus paradoxal que les professeurs français sont plutôt mal payés par rapport à leur collègues d'autres pays de niveau comparable (notamment les professeurs universitaires).

Prenons un autre exemple, celui de la santé: cette fois-ci, ma comparaison se fait avec un pays généralement considéré comme moins développé que la France, et qui de plus, a subi ces dernières années ce que la presse française qualifie de "coupes sombres" dans ses dépenses publiques: je veux parler de l'Espagne. J'ai eu l'occasion en juillet dernier d'utiliser les services d'un dispensaire "d'attention primaire" espagnol, situé dans un petit bourg de montagne particulièrement isolé. Je m'attendais au pire, quelle ne fut pas ma surprise de trouver un centre ultra moderne dans lequel, sans aucune attente, me furent dispensés des soins d'excellente qualité, avec un personnel attentionné et compétent. Quelle différence avec les services d'urgence français, toujours débordé, dans lesquels, sauf si vous êtes à l'article de la mort, vous avez toutes les chances d'attendre plusieurs heures. 

Autre service public essentiel: les transports urbains, et plus particulièrement le métro: le métro de Barcelone se caractérise par sa propreté impeccable, des accès aménagés dans TOUTES les stations pour les personnes handicapées, des distributeurs automatiques de billets en grand nombre... Arrivant de Barcelone, je débarque à l'aéroport de Roissy, première vitrine de Paris pour les touristes étrangers qui viennent nous visiter. Et qu'est ce que je constate? une queue d'au moins une demi heure pour les touristes qui veulent acheter un billet de RER pour se rendre à Paris; et ensuite, un seul portillon en service (les autres en panne), d'où des queues impressionnantes pour les voyageurs chargés de valises qui veulent accéder aux trains!

Des exemples de ce genre, toute personne qui voyage un peu en dehors de nos frontières peut les multiplier. Et je le répète, ceux que je rapporte concernent un pays théoriquement moins prospère que la France, et qui vient de faire subir à son secteur public une sérieuse crise d'amaigrissement.

On est donc bien obligé de constater que finalement, ce qui fait question en France, ce n'est pas tant le niveau des dépenses publiques dans l'absolu, que l'INEFFICIENCE de nos services publics, c'est à dire le très mauvais rapport existant entre ce que ceux-ci nous coûtent et les prestations que nous en obtenons. Après tout, chaque pays est libre de décider quelle est sa préférence pour la consommation sociale (celle qui est prise en charge par la collectivité) par rapport à la consommation individuelle: si nous préférons que l'ensemble des dépenses de santé, d'éducation, de transport urbain, de protection sociale (vieillesse, chômage...) soit pris en charge par la collectivité publique, libre à nous. D'autres pays, notamment les pays scandinaves, ont fait le même choix. Mais la grande différence avec nous, c'est que pour un montant de dépenses inférieur ou égal au nôtre, ils offrent des services publics de qualité supérieure, tout en ayant réussi à équilibrer leurs comptes publics.

Donc, plus que le niveau des dépenses publiques dans l'absolu, ce qui cause problème en France, c'est l'inefficience catastrophique de la dépense publique: pour le dire brutalement, nous n'en avons pas pour notre argent.

Dans le cas français, nous avons un problème additionnel: le niveau élevé des prélèvements obligatoires n’empêche pas un déficit structurel des dépenses publiques (ces prélèvement ne parviennent pas à couvrir les dépenses) et des dépenses sociales, et l'augmentation de l'endettement qui en résulte. Or l'expérience désastreuse des débuts du gouvernement de François Hollande a montré qu'il n'est plus possible de combler ce déficit par une augmentation des impôts. La seule solution qui reste est donc la réduction des dépenses publiques.

Or on ne parviendra jamais à obtenir une réduction sérieuse de celles-ci par la méthode qui a été utilisée jusqu'à présent: un coup de rabot un peu partout, à l'aveugle, une réduction linéaire des effectifs, y compris dans les domaines où on en a le plus besoin (police, justice). Bien sûr, ce n'est jamais inutile de "resserrer les boulons", de chasser les gâchis là où ils se présentent, mais au bout du compte les économies obtenues seront toujours ponctuelles et passagères. Tant que l'on ne parviendra pas à améliorer de façon structurelle l'efficience de l'Etat, les efforts d'économie seront voués à l'échec.

Un véritable plan de réduction des dépenses publiques doit passer par une remise en cause complète de la façon dont fonctionne l'administration publique, du modèle hiérarchique et bureaucratique dominant: il s'agit, comme le disent les fondateurs du New Public Management (NPM), de "changer l'ADN de l'administration", sa logique interne, en rapprochant notamment les modes de gestion du secteur public de ceux du secteur privé.

J'aurai l'occasion de revenir plus en détail sur cette réforme, qui est pour moi la clé de voûte d'une remise en ordre de l'économie française (comme cela l'a été, bien avant la France, pour le Canada, la Suède, la Nouvelle Zélande, la Grande Bretagne); mais il faut avoir conscience dés maintenant de l'une des premières conditions du succès d'une telle réforme: la  remise en cause du statut des fonctionnaires, afin que seuls quelques fonctionnaires assurant auprès du personnel politique élu une mission de conception et de formulation des politiques publiques, et de contrôle de leur mise en oeuvre, conserve un statut public, tandis que l'immense majorité des personnels assurant la prestation des services publics devrait voir leur situation s'aligner sur celle des salariés privés: disparition de la situation statutaire qui serait remplacée par de simples contrats de travail de droit commun, fin de l'emploi à vie, fin de l'avancement pratiquement automatique à l'ancienneté etc.

C'est là un chantier immense, qui devrait être la grande oeuvre du nouveau gouvernement. Il ne pourra se réaliser que si l'on parvient à montrer aux personnels de l'Etat qu'une telle réforme ne se fera pas à leur détriment, mais qu'elle aura au contraire comme résultat de leur proposer des perspectives de carrière plus attractives, de plus grandes responsabilités, des tâches plus gratifiantes.  

viernes, 5 de mayo de 2017

COHABITATION OU COALITION ?

Au moment où j'écris ces lignes, quelques heures après le triste spectacle que nous a offert Marine Le Pen durant son face-à-face avec Emmanuel Macron, et même s'il ne faut jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, la victoire finale de ce dernier à l'élection présidentielle parait désormais une certitude.

Mais nous savons aussi que ce sera pour lui le début des difficultés, au cours d'un quinquennat dont il serait dramatique pour notre pays qu'il soit aussi décevant et maigre en résultats que les précédents. Dés lors, la montée des extrêmes dont nous avons été témoins au cours de cette élection risquerait fort de se traduire par l'arrivée au pouvoir de l'un d'entre eux, aussi nuisible l'un que l'autre.

C'est pourquoi, il nous faut nous intéresser dés maintenant aux prochaines élections législatives, qui seront déterminantes pour la gouvernabilité du prochain quinquennat. Or jamais le résultat de  ces élections n'a été aussi incertain et imprévisible.

Lors des derniers mandats présidentiels, il paraissait évident que les élections législatives organisées dans la foulée de la présidentielle allaient donner au président fraichement élu une majorité claire qui confirmerait le choix des français, et cela s'est toujours vérifié.

Cette fois-ci, les choses sont toutes différentes: le nouveau président va arriver au pouvoir à la tête d'un parti qui a à peine un an d'existence, pratiquement aucune implantation locale, et dont les candidats seront dans la plupart des cas de parfaits inconnus. Le seul précédent qui puisse être comparé au cas actuel est celui de l'arrivée au pouvoir du Général De Gaulle en 1958, et même alors, malgré tout le prestige et la légitimité personnelle dont bénéficiait celui-ci, il n'avait pas pu obtenir une majorité absolue, ce qui avait conduit quatre ans plus tard, une fois terminée la guerre d'Algérie, à l'unique dissolution qu'ait connue la Vème République. Il parait donc peu plausible que, quelque soit la dynamique créée par son élection, le parti de Macron puisse obtenir la majorité absolue.

Le Front National obtiendra sûrement plus de sièges que les deux ou trois qu'il détient actuellement, mais une fois cassé l'élan dont il a pu bénéficier dans le sillage de Marine Le Pen (surtout si celle-ci obtient finalement au deuxième tour un résultat inférieur à 40%), et avec la limitation dont il souffre de ne pas pouvoir nouer d'alliance locale avec d'autres partis, je ne crois pas qu'il puisse se retrouver majoritaire dans de nombreuses circonscriptions.

Il en sera probablement de même du parti de Mélenchon: il s'agit d'un parti "unipersonnel", et derrière son leader, il n'a pas encore pu se structurer. Tout dépendra de sa capacité à nouer des alliances avec ce qui reste du PS (tout au moins la minorité de ses membres qui ne se laissera pas attirer par Macron). Mais le succès des Insoumis, c'est avant tout le succès d'une personne, et ce n'est pas du tout la même chose de voter à la présidentielle pour un leader doté d'un certain charisme, et de voter aux législatives pour un inconnu représentant d'un parti qui reste très marqué à l'extrême gauche.

Restent donc les Républicains, dont les électeurs sont marqués par l'amertume d'avoir été écartés de la présidentielle alors que celle-ci leur paraissait promise, et avides d'avoir leur revanche. Comme le PS, il s'agit d'un parti fortement structuré et implanté localement, avec des personnalités connues, mais qui à la différence du PS, n'a pas connu un désastre électoral. S'il sait résister à la tentation de se diviser AVANT les législatives  entre les forces centrifuges attirées par Macron et celles attirées par Le Pen, il devrait obtenir un résultat honorable: il ne s'agira sûrement pas d'un écroulement, comme celui qui menace le PS. On peut donc parier qu'il parviendra à être soit le premier, soit au pire le deuxième groupe parlementaire de la future assemblée. Par contre, compte tenu de la forte dynamique dont bénéficiera le parti de Macron, il ne détiendra sûrement pas la majorité absolue.

On peut donc parier sans gros risque que l'on s'oriente vers un parlement dans lequel AUCUN GROUPE ne détiendra la majorité absolue: on n'aura donc certainement pas une configuration semblable aux "cohabitations" que nous avons connues sous les présidences de Mitterrand et de Chirac, qui sont, rappelons-le, une situation dans laquelle un président de la République, face à un Parlement d'une orientation politique opposée à la sienne, se voit contraint à nommer un premier ministre qui a la confiance du parlement, et non la sienne.

On s'oriente au contraire vers une situation bien connue en Allemagne, et qui est également celle de l'Espagne depuis quelques mois: celle d'une grande coalition dans laquelle, face à une composition de l'assemblée dans laquelle aucun parti ne détient la majorité absolue, deux ou plusieurs partis négocient un programme de gouvernement permettant d'assurer une stabilité de l'action gouvernementale.

C'est la raison pour laquelle il me parait essentiel que les Républicains ne se divisent pas avant les législatives: lorsque le CDU et le SPD se présentent aux élections du Bundestag, ils ne le font pas en annonçant d'avance qu'ils négocieront pour gouverner ensembles: ils ont tous les deux l'ambition d'obtenir seuls la majorité absolue. Ce n'est qu'une fois passées les élections que, face à une situation dans laquelle aucun parti ne peut gouverner seul, ils entreprennent une négociation, qui peut parfois être longue (plusieurs mois pour l'actuel gouvernement allemand, de même en Espagne) mais qui permet ensuite d'assurer la stabilité gouvernementale.

Une telle coalition ne peut évidemment se construire qu'entre deux partis que ne sépare pas une distance idéologique insurmontable: c'est la raison pour laquelle le seul parti avec lequel le futur président Macron pourra négocier, c'est celui des Républicains.

Cela suppose que ce dernier parti accepte de jouer le jeu, qui est un jeu nouveau sous la Vème République: donc accepter que le programme qui s'appliquera ne sera pas intégralement le leur, ni d'ailleurs celui du Président, mais un nouveau programme prenant des éléments des deux.

C'est au moment de ces négociations qu'effectivement, il risque de se produire des scissions au sein des Républicains, certains refusant de transiger, et préférant mener une politique suicidaire du tout ou rien. Il faut cependant espérer qu'il finira par se dégager parmi eux une majorité modérée, qui acceptera de jouer le jeu au nom de l'intérêt supérieur du pays, et en sachant que si le nouveau président devait échouer en raison de leur intransigeance, cet échec pourrait entrainer une crise profonde et la prochaine arrivée au pouvoir des extrêmes.

Espérons donc que les partis qui, pendant la présidentielle, ont appuyé les deux seuls candidats "raisonnables", libéraux et européens, et tenant compte des contraintes de l'économie, sauront arriver à une telle coalition, autour d'un programme sérieux de réformes et de redressement du pays.  

miércoles, 3 de mayo de 2017

LE PEN ET MELANCHON: BLANC BONNET ET BONNET BLANC

Il est frappant de constater combien la presse, les médias, les réseaux sociaux... réservent un traitement différent aux deux extrémismes qui au total ont rassemblé plus de 40% du corps électoral au premier tour de l'élection présidentielle: l'extrémisme de droite, avec le Front National de Marine Le Pen, et l'extrémisme de gauche, avec les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon.

Alors que le premier est considéré comme totalement infréquentable, en tant qu'héritier direct des idéologies fascistes et nazies de l'entre deux guerres, avec leur contenu raciste, antisémite et xénophobe, le second fait tout au plus l'objet de quelques critiques sur son programme économique jugé excessivement dépensier et peu réaliste, mais cela va rarement au delà; on n'entend au contraire que des louanges sur les qualités d'orateur de son leader Jean-Luc Mélenchon, sur sa culture, son attitude de vieux sage débonnaire, sa préoccupation pour l'écologie, son aptitude à donner des réponses aux problèmes concrets des vrais "gens" (comme si Marie Le Pen ne le faisait pas également - elle n'aurait pas sans cela réuni prés de 8 millions d'électeurs). Le problème n'est évidemment pas de donner des réponses aux préoccupations des gens, mais de savoir quelle est la qualité de ces réponses.

L'habitude a été prise en France d'opposer les partis dits "républicains", c'est à dire acceptant les valeurs de la République, à ceux qui ne le sont pas (en fait, le seul Front National); donc bien entendu, le parti de Jean-Luc Mélenchon est considéré comme étant du côté des partis républicains.

Pourtant, si l'on y regarde d'un peu plus près, les points de ressemblance entre le Front National et les Insoumis sont bien plus évidents que leurs prétendues différences:
- de même qu'il existe une filiation, même lointaine, entre le Front National et les différents fascismes de l'entre deux guerres (je dis bien lointaine, je n'accuse pas Marine Le Pen de vouloir instaurer une dictature totalitaire semblable à celles d'Hitler ou Mussolini), personne ne peut nier la filiation existant entre les Insoumis et le marxisme: même anticapitalisme foncier, même appel à la lutte des classes, même rhétorique anti-bourgeoisie... Là encore, je n'accuse pas Mélenchon de vouloir instaurer en France une dictature de type stalinien, cependant ses éloges du régime chaviste du Vénézuela, en dépit de son désastre économique et de ses nombreuses violations des droits de l'homme, laissent songeur.
- Mélenchon, comme Le Pen, est l'avocat d'une politique de fermeture des frontières et de repli du pays sur lui-même: critique de la mondialisation, rejet de l'Union Européenne, rejet du libre-échange, recherche de boucs émissaires à l'étranger (l'Allemagne, les Etats-Unis); même s'il ne met pas autant que le Front National l'accent sur le contrôle de l'immigration, il a fortement réduit son internationalisme qui avait sans doute été la cause principale de son score décevant lors de la présidentielle antérieure.
- les économistes ont largement montré les points de convergence entre les programmes économiques du Front National et des Insoumis, ces deux politiques partant du même pari: une fois affranchie des disciplines que nous impose l'Union Européenne, une fois récupérée la souveraineté monétaire et donc la possibilité de financer les déficits par la planche à billets, plus rien ne s'oppose à laisser ceux-ci se creuser, et à faire toutes sortes de promesses démagogiques: retour à la retraite à 60 ans, maintien de la semaine de 35 heures (ou même passage aux 32 heures), annulation de la Loi El Khomri, recrutement massif de nouveaux fonctionnaires, augmentation considérable du SMIC.

Il est politiquement incorrect de mettre sur le même plan l’extrémisme de droite et celui de gauche, le fascisme et le communisme; pourtant, pour le caractère nocif de leur programme, mais surtout pour leur filiation évidente avec les deux idéologies les plus mortifères de l'histoire de l'humanité, je ne vois pas pour quelle raison nous devrions opposer les "bons" extrémistes de gauche aux "mauvais" extrémistes de droite.

Nous avons heureusement échappé à un deuxième tour Le Pen-Mélenchon, et certains pourront se demander quelle est l'utilité de cet article, alors que Mélenchon a été écarté et que le seul danger qui nous menace encore est celui de Marine Le Pen.

Cependant, il faut avoir conscience de ce que, même si Mélenchon n'est pas au deuxième tour, il prépare dés à présent sa revanche (il suffit de voir ses "pudeurs de gazelle" pour appeler ses électeurs à voter pour Macron), avec l'ambition de restructurer autour de son parti et de sa personne l'ensemble de la gauche française.

L'inquiétant n'est donc pas seulement que le premier tour de l'élection présidentielle ait amené Marine Le Pen au deuxième tour, mais de constater que presque 50% des français (en additionnant les électeurs de Le Pen, Dupont-Aignan, Mélenchon, les deux candidats trotskistes et les deux "complotistes") ont choisi de voter pour les extrêmes: des représentants d'idéologies dangereuses dont nous aurions pu croire que nous en étions délivrés, des partisans de la fermeture du pays, du replis de la France sur elle-même, et de sa sortie de l'Union Européenne.

C'est cette union des extrêmes que le futur président (en espérant que ce sera Macron) devra affronter et vaincre, en obtenant les résultats que tout le pays espère sur le front de la lutte contre le chômage. 

Mais il ne le pourra pas seul, il est d'ailleurs peu probable qu'il obtienne pour cela une majorité claire avec son seul parti lors des prochaines élections parlementaires; il sera donc indispensable d'aboutir à une coalition et un accord de gouvernement avec le seul parti qui partage avec lui ses convictions libérales et pro-européennes: Les Républicains (ou du moins ceux parmi eux qui rejetteront l'attitude suicidaire d'une opposition systématique).

Mais avant cela, bien sûr, il faut que Macron gagne dimanche... 




martes, 4 de octubre de 2016



POPULISMO Y DEMOCRACIA: EL CASO COLOMBIANO

El resultado negativo del plebiscito celebrado el domingo pasado en Colombia tomó por sorpresa a todos los observadores, tanto colombianos como extranjeros. Aquí en Francia, de donde escribo, todos mis amigos que conocen mis relaciones con Colombia me venían felicitando desde días atrás, como si la aprobación por referéndum de los acuerdos de paz fuera un simple formalismo, y a decir verdad, la incomprensión frente a este resultado inesperada es mayúscula.

Sin embargo, las personas que siguen un poco de cerca la actualidad política internacional, deberían saber que existe desde hace varios años una verdadera "maldición del referéndum", en la cual los resultados obtenidos vienen contradecir los pronósticos más sólidos: piensen por ejemplo en el referéndum del 2005 en Francia sobre la aprobación del nuevo tratado de la Unión Europea, que decidió su rechazo; piensen también en el referéndum de este año en Gran Bretaña, por el cual se llegó sorpresivamente al "BREXIT", etc. Estos resultados inesperados son unas manifestaciones de un fenómeno más general, que se puede observar en casi todos los países democráticos del mundo: el auge del populismo, por el cual una parte creciente de los ciudadanos manifiesta su rechazo de las élites, de los "formadores de opinión" (prensa, intelectuales), y de la clase política clásica, acusada de haberse alejado de  las preocupaciones reales y concretas del pueblo.

Lo grave es que, frente a este rechazo de la clase dirigente y de las elites por el pueblo, se puede observar de manera recíproca una forma preocupante de rechazo e inclusive de desprecio de dichas elites por el pueblo. Al respecto, mi posición de observador exterior a Colombia tiene el interés de permitirme comparaciones entre lo que pasa en ese país y lo que ocurre aquí, en Francia.

La política francesa se caracteriza desde hace unos 15 años por el auge aparentemente irresistible del Frente Nacional, liderado durante muchos años por Jean-Marie Le Pen, vieja figura de la extrema derecha francesa, y ahora por su hija Marine Le Pen. A pesar de sus recientes esfuerzos para "normalizarse", dicho partido tiene todas las características para suscitar la antipatía de la "gente pensante" y de las elites intelectuales: xenofobia, racismo mal disimulado, nacionalismo exacerbado que se manifiesta en su programa proteccionista y su rechazo del extranjero… Sin embargo, año tras año, va ganando adeptos; ya superó el 20% del cuerpo electoral, y se está acercando al 30%.

Frente a este auge, la reacción de las élites políticas e intelectuales es de confundir en su rechazo tanto el partido mismo, con su ideología nauseabunda, como los ciudadanos que lo apoyan: un elector del Frente Nacional no puede ser sino un racista, medio fascista, partidario de las ideas más rancias de la ideología de extrema derecha.

Sin embargo, la realidad es muy distinta: no, el 30% de los electores franceses que vota por el Frente Nacional no está constituido por personas que adhieren a las ideas de extrema derecha; su voto traduce en realidad su amargura frente a los partidos tradicionales, tanto de la izquierda como de la derecha clásica, por los cuales se sienten abandonados e incomprendidos: la burguesía que vive confortablemente en los barrios elegantes, los "burgueses-bohemios" ("bobos") seguros de su superioridad moral e intelectual, no perciben las dificultades que conoce este pueblo de "pequeños blancos", muchas veces con un nivel educativo y cultural bajo, con ingresos declinantes, víctima del desempleo, de las deslocalizaciones y de la competencia de los países emergentes, y que además tiene que convivir con una población creciente de inmigrantes frente a los cuales tienen el sentimiento de perder su identidad. Frente a esta realidad, la peor de las posiciones que pueden adoptar las élites es la del desprecio y de la arrogancia: eso no hace sino aumentar la fractura entre estas dos categorías de la población, y empujar un porcentaje cada vez más importante de estos "olvidados" de la prosperidad entre los brazos de los partidos populistas, que les ofrecen soluciones aparentemente sencillas a sus problemas, y que por lo menos les da la sensación de haber sido oídos y entendidos.

Me da la impresión que este fenómeno, presente no solo en Francia sino en numerosos países de Europa (Gran Bretaña con el Brexit, España con Podemos, Grecia con Syriza, Alemania con la AfD) y en los Estados Unidos con Trump, se reproduce de manera casi idéntica en Colombia. Quede impresionado por el discurso dominante durante la campaña previa al Plebiscito, según el cual solo los enemigos de la paz, los guerreristas, aliados de la extrema derecha y de los paramilitares, podían estar en contra de los Acuerdos de La Habana. El debate se redujo en sus términos más simplistas, de manera muy maniquea: el partido de la paz, o sea el partido del bien, contra el partido de la guerra, o sea el partido del mal. Y claro está, toda la inteligentzia, la gente culta, pensante, los intelectuales, la inmensa mayoría de los medios de comunicación, la casi totalidad de la clase política con excepción de un solo partido (el Centro Democrático) descalificado por muchos por sus tendencias autoritarias, se ubicaba del lado del bien. Y ni hablar de las reacciones desde que se conoce el resultado del plebiscito! Para los partidarios fuertemente decepcionados del Si (y entiendo perfectamente su decepción),  Colombia se estaba cubriendo de ridículo frente a la comunidad internacional; muchos expresaban su "vergüenza de ser colombiano", o sea de pertenecer a esta comunidad en la cual un poco más del 50% de los ciudadanos se habían atrevido a no seguir en campo del bien y de la paz.

Lo que me parece grave, es la ausencia de todo esfuerzo para entender las motivaciones que pudieron llevar estos ciudadanos a votar por el No, y una condena global de todos estos ciudadanos. Semejante actitud no puede tener otro resultado que aumentar aún más la profunda división de la comunidad colombiana, y la radicalización hacia los extremos. Solo un dialogo civilizado, que comienza por el abandono del discurso de descalificación de los que no piensan como nosotros, puede permitir entender las motivaciones de los que no piensan como nosotros, y emprender un proceso de acercamiento de los puntos de vista.

Lo mismo que los 30% de franceses que votan por el Frente Nacional no son unos fascistas y racistas, lo mismo los 50% y un poco más de colombiano que rechazaron los acuerdos de La Habana no son unos enemigos de la paz; como ciudadanos, merecen el respeto de los demás colombianos; con su voto, han querido expresar algo que se debe tomar en consideración: sus temores, su amargura frente a la impunidad de los responsables de las FARC, su arrogancia y su falta de contrición; quizás simplemente su rechazo del gobierno actual y de la clase política dominante.

Quizás el voto del domingo pasado es la oportunidad para que la mitad de los colombianos entable un dialogo con la otra mitad, se esfuerce por entender sus temores en lugar de descalificarlos de antemano, de manera a llegar a un verdadero CONSENSO de la comunidad nacional sobre lo que es aceptable y lo que no lo es en materia de acuerdos de paz. Mientras los colombianos sigan tan profundamente divididos y no acepten dialogar entre ellos, cualquier acuerdo de paz está condenado al fracaso.

lunes, 25 de enero de 2016

LES AGRICULTEURS ONT ENCORE FRAPPÉ!

Nous avons à nouveau assisté ces derniers jours au spectacle lamentable de groupes d'agriculteurs "en colère" bloquant des autoroutes, se livrant à des actes de vandalisme tels que l'arrachage avec leurs tracteurs des glissières de sécurité, l'épandage de fumier et autres détritus sur la chaussée, sous les yeux complaisants des journalistes, et bien souvent avec l'approbation tacite d'une grande partie de l'opinion publique.
Le commentaire qui accompagnait le reportage expliquait et en grande partie justifiait cette colère par le fait que beaucoup d'agriculteurs sont obligés actuellement à vendre leurs produits au dessous du prix de revient, ce qui, dans l'esprit de beaucoup d'auditeurs, est effectivement un argument définitif: si nous payons si cher au supermarché des produits dont le prix ne permet pas au producteur de vivre décemment, c'est bien évidemment parce que des intermédiaires s'en mettent plein les poches: les grossistes, la grande distribution, donc "les gros" contre "les petits".
Ces agriculteurs prenaient donc tranquillement en otage les milliers d'usagers de l'autoroute, et il a fallu attendre le lendemain pour que la police finisse par la faire évacuer, sans d'ailleurs que cela permette la reprise immédiate du trafic, puisqu'il nous fut annoncé qu'un certain délai serait nécessaire pour réparer les dommages causés par les manifestants et rendre la chaussée à nouveau praticable. Ce que l'on ne nous dit pas, et qui parait fort douteux, c'est si des poursuites seront engagées contre ces agriculteurs, qui sont très facilement identifiables (l'immatriculation des tracteurs était visible aux yeux de tous dans le reportage); je dis que c'est fort douteux, car si des poursuites étaient engagées, cela entrainerait immanquablement de nouvelles manifestations de soutien aux agriculteurs poursuivis.
Il me semble qu'un tel incident, qui n'est évidemment pas un évènement isolé, peut nous amener à faire deux types de réflexions, dans le domaine économique et surtout dans celui du respect de l’État de droit.
En matière économique, l'indulgence, pour ne pas dire la complicité, que démontre la plus grande partie de l'opinion publique à l'égard de ces manifestations répétées d'agriculteurs, révèle, comme cela est si fréquent en France, une ignorance ou un rejet des mécanismes les plus élémentaires de l'économie: si le prix du marché est inférieur aux coûts de production, c'est soit parce que nous sommes dans une situation de surproduction, soit plus probablement parce que les producteurs (ou au moins CERTAINS producteurs, ceux qui manifestent), ne sont pas capables de produire à des prix compétitifs, et cela alors notre agriculture figure parmi les plus aidées et subventionnées du monde; s'il y a sur le marché de la viande de porc offerte à un certain prix, c'est très probablement parce qu'il y a, dans d'autre pays (en Allemagne, en Espagne), et très certainement aussi en France, des producteurs qui y trouvent leur compte, parce qu'ils ont un meilleur outil de production, de meilleures conditions d'approvisionnement pour les matières premières qu'ils utilisent etc. ; si les producteurs de tomate ou de pêches français ne peuvent pas soutenir la concurrence avec ceux d'Espagne ou du Portugal, c'est parce que ces derniers ont de meilleures conditions climatiques, des coûts de main d’œuvre moins élevés; et ce n'est pas en interceptant les camions chargés de fruits espagnols pour détruire leur cargaison, que l'on résoudra le problème; ou alors il faut dire clairement que l'on refuse de jouer le jeu de la concurrence, et sortir de l'Union Européenne, ce qui implique de rester "entre nous" et d'accepter de payer pour les produits que nous consommons des prix très supérieurs à ceux dont nous sommes bien contents de bénéficier.

Mais c'est par rapport au respect de l’État de droit que ce type d'incidents me semble particulièrement inquiétant et significatif d'un certain état d'esprit: car il ne s'agit pas d'un évènement isolé. Sans même parler des manifestations d'agriculteurs, dont la répétition lassante finit par faire que l'on n'y attache plus beaucoup d'importance, on assiste à la multiplication de situations dans lesquelles des grévistes "en colère" (comme si la colère justifiait tout) se livrent à des voies de fait à l'encontre de leurs employeurs, les séquestrent sur leur lieu de travail, se rendent coupables de destructions ou de dommages contre l'outil de travail... Il s'agit là d'actes inacceptables, normalement punis pénalement; et pourtant, la réaction de la société à l'égard de ces comportements n'est pas à la mesure de la gravité de ces comportements: non seulement, là encore, une bonne partie de l'opinion publique est prête à leur trouver toutes sortes d'excuse, mais encore, dans les rares cas où la justice s'empare de ces affaires et prétend prononcer des sanctions pénales, au demeurant fort légères, à l'encontre des responsables, on assiste à une véritable levée de boucliers des organisations syndicales, appuyées par une bonne partie des partis de gauche: voir les cas récents des salariés d'Air France coupables de violences contre leur DRH, ou de ceux de Goodyear coupables d'avoir séquestré deux cadres de leur entreprise pendant 30 heures. Voir également les manifestations d'écologistes, destructeurs de cultures d'OGM ou "zadistes" de Notre Dame des Landes.

Il semble ainsi que pour une bonne partie de l'opinion publique, l'utilisation de la violence contre la personne ou contre les biens soit devenue un comportement parfaitement admissible pour faire triompher ses revendications dans les conflits sociaux; l'argument souvent utilisé est que cette violence ne fait que répondre à la violence de l'adversaire: celle du patron dans l'entreprise, celle de la chaine de grande distribution dans les conflits paysans. Mais il s'agit là d'une fausse symétrie; dans un État de droit, dans une société démocratique et civilisée, il existe toutes sortes de mécanismes permettant de résoudre les conflits de façon pacifique, à travers la négociation, le dialogue social, la médiation ou la conciliation, et lorsque cela est nécessaire, l'intervention du juge. Si l'on commence à admettre que chacun a le droit de se faire justice chaque fois qu'il estime ses intérêts lésés et qu'il est "en colère", l’État de droit n'est plus qu'une fiction, et on accepte que  triomphe celui qui crie le plus fort ou qui sait mettre l'opinion publique de son côté.

Il ne s'agit pas de refuser à chacun le droit de manifester ses opinions, mais à condition que cela se fasse dans le respect des règles de droit et sans recours à la violence; dans le cas contraire, il est du devoir de la puissance publique de réprimer sans contemplation de telles manifestations qui mettent en péril les règles les plus élémentaires de la vie dans une société civilisée.